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mardi 12 février 2013

Que le doc ne tique

Imaginez que vous vous réveilliez un matin de vent à décorner une toute petite biquette avec dans l'idée de virer de votre liste de trucs à faire quelques-uns des trucs à faire. Au menu, rendre visite au médecin pour qu'il vous donne un certificat d'aptitude au service du ministère pastoral. Aujourd'hui ou un autre jour - autant y aller aujourd'hui. Vous nouez votre écharpe autour de votre petit cou délicat pour le protéger, lui au moins, des vilains microbes qui traînent, vous coupez le sifflet au journaliste qui tire les vers du nez d'un vaticaniste éminent (un vaticaniste est éminent ou il n'est pas), vous empoignez votre courage avec autant de mains que nécessaire pour cette tâche et vous mettez les bouts, direction le cabinet médical où vous auriez vos habitudes si vous aviez l'habitude de fréquenter les professions médicales. Ce qui, en l'occurence, n'est pas le cas. 
Le bon monsieur qui ouvre la porte de la salle d'attente ne vous est donc pas connu, et inversement. Il vous scrute par-dessus le bord de ses lunettes, vous serre la paluche et vous invite à vous asseoir. "Alors, qu'est-ce qui vous amène ?"
"Alors voilà, je suis étudiant en théologie et engagé dans le parcours qui mène au ministère de pasteur. Dans la liste des documents à réunir pour ce faire, il nous est demandé de passer devant un psychiatre, et de fournir un certificat médical délivré par un généraliste."
Ca n'a duré qu'une demi-seconde mais vous le jureriez : le doc a tiqué. 
"Un psychiatre ? Ah oui remarquez, ça vaut mieux. Un pasteur, c'est comme un prêtre non ? protestant, un truc comme ça ? Oui, il vaut mieux qu'il ne se mette pas à dézinguer tout le monde au milieu d'un prêche." 
"..."
"Alors, il faut vérifier quoi ? La tension ?"
"Oui, la tension essentiellement... Enfin vous pouvez juste mettre que je suis apte au service, ça ira très bien."
En vous patouillant ensuite selon les règles du jeu médical, le doc ne cesse de vous zieuter et vous sentez qu'une question lui brûle les lèvres au milieu d'une barbe à fois hirsute et bien taillée (c'est un exploit). Il finit par se décider entre palpation de la rate (ça chatouille) et prise de la tension (complète). 
"Mais ça vous a pris comme ça, à votre âge ?"
Vous repartez en rigolant dans le joli vent de bientôt printemps, tout à fait insoucieux des microbes. La route vers le ministère pastoral est semée de rencontres étonnantes. (Toute ressemblance avec des personnes réelles serait bien sûr tout à fait fortuite.)

vendredi 9 novembre 2012

Attention, tempête de cerveau !

La commission communication, c'est un organe important du grand corps qu'est notre faculté. Il s'agit de réfléchir ensemble à notre façon de communiquer, en interne comme en externe. Nous réfléchissons ensemble au site institutionnel, à l'affichage des informations sur la vie quotidienne, à la diffusion des informations qui peuvent intéresser le grand public (expositions, conférences...), bref, à tout ce qui touche de près ou de loin à la diffusion des informations qui nous concernent. Si vous êtes étudiant ici, vous avez dû remplir ces jours-ci un questionnaire sur la façon dont vous avez entendu parler de l'IPT pour la première fois. Bonne question ! Par internet, via un membre de l'Eglise, par hasard... tout peut arriver. Etre visibles, audibles, pour ceux qui n'appartiennent pas à notre petit monde n'est pas une mince affaire.
Ce qui m'amène à la demande que la commission communication a adressée cette semaine aux étudiants de l'IPT Montpellier. Vous savez qu'en bas de notre beau parc passe la voie rapide nommée l'avenue de la Liberté. Parfois, aux heures de pointe, les automobilistes qui sont arrêtés bien malgré eux ne sont qu'à quelques mètres de notre belle institution et ne s'en doutent même pas. D'où l'idée d'installer au fond du parc un panneau visible depuis la voie rapide, et qui permette de dire "Eh oh, on est là !". Sauf que "Eh oh, on est là" n'est pas un slogan très porteur ni très représentatif de ce que nous sommes. Alors voilà : on lance un brainstorming grandeur nature pour avoir vos idées : qu'est-ce qu'on y met, sur ce panneau ? 
Quelqu'un aujourd'hui a proposé "On a tous besoin d'un peu de théologie" qui nous plaît beaucoup ; il y a sûrement d'autres possibilités. On peut aussi imaginer d'évoquer le sens de la vie, proposer un verset, une citation, que sais-je... Et puis ajouter l'adresse du site, sûrement, peut-être un logo...
Allez, à vos idées tout le monde ! pour envoyer vos réponses, vous avez les commentaires ici sous ce billet de blog, ou vous pouvez héler un membre de l'Amicale dans les couloirs, ou encore envoyer un mail à l'adresse de l'Amicale. Vous avez les moyens, faites chauffer les cerveaux, on vous fait confiance !

jeudi 25 octobre 2012

Cure d'âme

Le nouvel épisode de la série "Paroles en l'air" dans le cadre de "Ecoute ! Dieu nous parle...
Vous avez des angoisses existentielles ? Vous n'êtes pas insensibles aux épîtres de Jean ? vous aimez l'histoire de David et Goliath ? vous voulez vous pencher sur la difficile lecture de livres ludiques ? 
Alors, une cuillerée le matin, une cuillerée le soir, l'Evangile c'est radical !


lundi 4 juin 2012

dimanche 13 mai 2012

Interrogatoire.

-Et donc, toi, tu fais quoi sur Montpellier ?
Nooon ! Nooon ! J'ai pas envie de répondre, j'ai pas envie de répondre.
-Je suis étudiante. Quel beau ciel d'été !
-Ah oui, en quoi ?
-Hé bien, la fac est pas loin d'ici, sur le boulevard un peu plus haut...tu vois l’intersection ? Hé bien, tu continues, et puis à droite, tout de suite...
- D'accord. Mais tu fais quoi ?
Ok. Y lâche pas l'affaire, hein.
- Hum, de la théologie...tu connais ?

(compilation de questions / réponses réelles, sans trucages)

-La théologie ? L'étude du thé, c'est ça ?
-(…)

-Hé toi qu'es en théologie, tu savais que le mot théorie ça venait de Dieu ?
-Ha bon, euh comment ça ?
-Si, si, je t'assure !!!

-Et donc, c'est tes amis les gens dans la rue en costard qui veulent toujours nous donner un livre ?
-Ah, les mormons ? ou les témoins de Jéhovah ?

-Et tu as déjà lu des passages de la Bible ?
-Euh, oui, en fait c'est ce que j'étudie principalement.
-Ah, ok, et tu me conseilles de la lire du coup ?
-Tu fais bien comme tu veux.

-Et, du coup tu sais à quoi ressemble le Paradis ?
-Je, euh, non, non. Oh et puis l'Paradis tu sais...

-Une fois j'ai voulu lire la Bible, du début à la fin. Puis ça m'a soulé, j'me suis arrêté à Abraham. Comment tu fais toi ?
-Mais enfin...je n'ai jamais lu la Bible d'une traite !

-Hé, du coup, si je te sors n'importe quel verset tu sais me le réciter ?
-Non.
-Ah, mais ça sert à quoi tes études alors ?

-Les Protestants. C'était à je sais plus quel siècle, un type, qu'aimait pas qu'on fasse payer. Non ?
- 16ème siècle ? Luther ? Les indulgences ? c'est ça dont tu me parles ?

- Mais t'es bonne soeur, enfin, j'veux dire, t'as fait voeux de chasteté ?
- A ton avis ?!
- Ouais, non. En fait, ça me paraît bizarre une bonne soeur qui boit de la bière.

Tout ça pour dire quoi ?
Pour dire que les instants où on se sent compris, à l'extérieur de la fac, à l'extérieur de l’Église, sont rares.
Mais comme l'important c'est que ça se discute, j'ai l'impression d'avoir fait mon boulot quand, au moment de partir, quelqu'un me dit "Tu sais, tu m'as fait changer de regard sur l’Église, sur Dieu. Merci".
ED

vendredi 16 mars 2012

Ce matin, la télé est venue nous filmer


- Bon, les enfants, vous allez ressortir de la classe (hein, quoi, pardon ? se dit l'étudiant pas réveillé), aller au bout de l'allée, là-bas, et revenir en devisant gaiement et en prenant l'air dégagé. Et surtout ne regardez pas la caméra ! (L'étudiant pas réveillé se frotte les yeux et rentre dans son coreligionnaire, juste devant lui, qui a ralenti pour se recoiffer devant la vitre de la salle du coin). 
- Bon, les enfants, c'était parfait mais on va la refaire, hein ! (l'étudiant pas réveillé en profite pour se débiner et aller se faire un café à l'Amicale le temps que ça se tasse, les trucs imprévus, là).
Silence, on tourne.
- Bon, les enfants, c'était bien mais un peu silencieux, hein ! vous voulez pas faire comme d'habitude, je sais pas, chahuter dans les rangs ? (Les étudiants à peu près réveillés se regardent interloqués : chahuter dans les rangs, nous ? mais il est fou lui ?) (Ensuite ils se détendent un peu et font semblant de se chamailler dans les rangs.) (Ils discutent de la doctrine des deux règnes, quoi.) (En revenant, ils manquent piétiner l'étudiant pas réveillé qui, par la dispute alléché, venait mettre son grain de sel.) 
- Bon, les enfants, c'était parfait, maintenant faites comme si on n'était pas là, hein ! 
Ouais. Essayez, vous, de vous concentrer sur un cours consacré à la diaconie (avec des vrais bouts de Ricoeur dedans, comme dirait Simon) avec une caméra pointée sur votre nez, que vous tentez maladroitement de cacher vu que ce matin il y a un bouton dessus, mais avec les spots qui chauffent au-dessus il n'y a pas une chance d'y échapper. On a tous l'air très dégagé, très réveillés, très à l'aise. Tellement même que la mouche qui nous survole, qui n'a jamais vu ça, se laisse tomber de stupeur dans une tasse de café et que ça fait sursauter tout le monde. Surtout l'étudiant désormais presque réveillé qui manque l'avaler au passage. 
Bref, c'était bien, ce matin, la télé est venue nous filmer. Il paraît que c'est pour Présence protestante, l'émission qui passe le dimanche matin sur France 2, et que ça passera le 13 mai à 10h. J'espère qu'on voit bien la mouche. C'était elle la plus naturelle.

(très légèrement romancé)
(photo Dead fly art)
PRG

vendredi 20 janvier 2012

Sanctuariser

Ca ne vous aura pas échappé : nous sommes en période de campagne électorale. Ce qui donne l'occasion d'entendre, un peu plus que de coutume, des mots qui semblent comme implantés dans le discours politique même s'ils relèvent a priori d'un autre univers. "Sanctuariser", par exemple. Il s'agirait, ces derniers jours, de "sanctuariser le budget" de la culture, ou de l'éducation, je ne sais plus, enfin en tout cas, ça signifie que pas touche, bas les pattes, ces sous-là on n'y touche pas. C'est-à-dire qu'on ne les enlève pas de là pour les mettre ailleurs. 
Que peut-on dire de cette expression, dans ce contexte ? Déjà qu'on ne sanctuarise, en principe, qu'un lieu. Un sanctuaire, c'est forcément un lieu précis, qui a pour particularité d'être mis en opposition au monde ordinaire puisqu'il a pour propriété de rendre sainte cette portion de l'espace. Cette sainteté a pour conséquence que ceux qui se trouvent liés d'une façon ou d'une autre à cet espace sont eux aussi touchés par la mise à part, soit qu'ils en bénéficient (pour s'y réfugier), soit qu'ils la serve. Donc, en "sanctuarisant" un budget, en fait, en bout de ligne, ce sont les gens eux-mêmes qu'on entend protéger. Je me demande si c'est bien là ce que veulent dire nos politiques.
D'autre part, je m'interroge sur l'irruption d'une sainteté décrétée par l'homme pour protéger ce à quoi il accorde lui-même de la valeur. Sois à toi-même ta propre loi... Certes, rendre sainte la culture, l'éducation, c'est plus moral que de rendre sainte l'armée (beurk, n'est-ce pas) ou l'industrie nucléaire (pareil). Mais au fond, qui est-ce qui décide de ce qui est sacré ? au nom de quoi ? de l'intérêt commun ? ce n'est pas en tout cas au nom d'une quelconque transcendance.
Encore que. Peut-être que la transcendance, de nos jours, va se nicher dans un idéal de protection de ces dernières poches de gratuité que seraient l'éducation des enfants ou la culture ? 
Pendant ce temps, l'Australie cherche à sanctuariser la mer de corail. On devrait peut-être envoyer quelques-uns de nos porteurs de bonnes idées du côté du grand riff, tiens. (On me signale dans l'oreillette qu'un grand riff n'a rien à voir avec les petits poissons mais tout avec les guitares. Ce qui nous permet de retomber sur nos pattes : c'est de la culture, au fond). 

mercredi 18 janvier 2012

Cluedo


Aujourd'hui à la Faculté, c'était un grand jour.

D'abord parce que la grande braderie de livres se poursuit avec toujours la même assiduité des étudiants, dont certains remplissent des cartons entiers d'ouvrages savants et de livres en tous genres, pour presque...pas un clou !
Ensuite, il ne faut pas l'oublier, parce que le mercredi, c'est le jour de l'apéro, on vous en parle assez pour que vous vous en souveniez maintenant ! Et il faut bien l'avouer, l'apéro a beau avoir lieu tous les mercredi, on ne s'en lasse pas. C'est en général le clou de la journée (ou de la soirée) !
Mais aujourd'hui, c'était une première. Oui, vous vous en doutez, le mercredi, c'est jour de sortie des nouveautés cinématographiques, mais aujourd'hui, je vous assure que les sorties au cinéma ne valaient pas un clou en regard de ce qui nous est arrivé.
Oui, enfin, aujourd'hui, croyez-le ou non (believe it or not diraient certains), nous avons planté des choux...(?!) Euh non des clous !! Etrange n'est-ce pas ? En fait, à tout bien réfléchir, nous avons surtout dessiné des clous.

Je m'imagine déjà vos mines décomposées à l'idée qu'en Faculté de théologie on puisse dessiner (ce qui habituellement relève du primaire, ou du secondaire, à la rigueur des Beaux Arts, mais certainement pas de la théologie), et bien davantage encore qu'on dessine des clous !!

Et pourtant, à l'IPT, on a l'habitude d'être dans les clous. Il faut dire qu'en théologie, les clous ça nous connaît ! Ben oui, chacun sait que le protestantisme c'est une histoire de clous !!
Pour commencer, le père de Jésus...adoptif ou pas, peu importe...je parle de Joseph bien sûr...eh bien, il était charpentier !! Et un charpentier ça utilise des...clous !
Bon ensuite, l'initiateur du christianisme, son membre (ou ses membres?!) fondateur(s)..., eh bien si j'ose dire, on lui a cloué le bec... ou plus précisément, sans vouloir enfoncer le clou...on l'a...fixé, voilà on va le dire comme ça, on l'a fixé sur la croix avec des clous aux mains et aux pieds...
Enfin, un peu plus tard, le grand Martin...Luther qu'il s'appelait (Non, lui n'était pas luthier et n'avait aucune formation professionnelle en lien avec le bois) ; lui aussi a eu recours aux clous...pour placarder ses 95 thèses, histoire aussi de planter son clou, et faire de la concurrence à l'Eglise unique (et non pas Unie, entendons-nous bien!)
Vous constatez comme moi, que le protestant s'y connaît un peu en matière de clous !

Bref revenons-en à nos moutons après cet excursus (qui s'est presque apparenté à une excursion), restons dans les clous de l'histoire sans quoi je risque de vous perdre...et moi avec !

J'imagine que vous devez vous demander ce que nous avons fait avec ces clous dessinés! Allons, allons, un peu d'imagination, essayez de deviner.

Do you need a clue ?

Assez fait durer le plaisir, à force de vous parler de clous, je risque de vous faire devenir accro(c)s !

Aujourd'hui, nous avons écrit des mots composés de clous ! Et cette langue morte (restée clouée au 13ème siècle avant J-C), c'est l'Ougaritique : chaque élément d'une lettre s'appelle un clou (en lien avec la forme de l'encoche réalisée par le stylet dans l'argile). Et je vous confirme qu'en matière de clous, les protestants présents étaient plutôt très doués. Depuis ce cours, rien à faire, cette écriture en clous me tenaille, j'y repense à longueur de temps, j'en resterais presque cloué au lit, tiens !!

Voilà, vous savez tout. A présent que mon histoire qui ne valait pas un clou est finie, vous devez vous dire : Tout ça pour ça !!
Vous devez avoir une folle envie de crier Houuuuu !!!! Gare !!!! Hittiques...
Mais là encore, c'est une histoire de Proche au Riant en Sien (moi-même je n'ai pas encore tout compris, il faut dire qu'à force de taper sur le clou, on finit par lui faire perdre la tête !).

mardi 17 janvier 2012

Jeux de mots, jeux de... vélo ?

La braderie bat son plein à la bibliothèque. Il est notoire que les théologiens sont des bibliophages et qu'il n'y a rien de moins résistant à la tentation qu'un futur pasteur lâché au milieu du sanctuaire lorsqu'il contient des merveilles à céder à prix plus que raisonnable, du commentaire de Job par Samuel Terrien à la théologie de l'AT par Von Rad en passant par la biographie de Bonhoeffer et quelques autres opus signés Picon, l'abbé Pierre ou Lytta Basset (ainsi qu'un certain nombre de "Sources chrétiennes" et quelques bibles dans toutes les traductions possibles et imaginables, bien sûr) (par contre, pas d'exemplaires d'ETR cette année, pourtant la meilleure revue de théologie contemporaine francophone du monde, comme chacun sait) (mais il reste des Nos coeurs te chantent). Bref, certains d'entre nous font un détour pour aller à la bibliothèque tandis que d'autres font un détour pour l'éviter, espérant, pauvres âmes, que cette force de caractère leur permettra d'avancer plus vaillamment, sans doute, sur les chemins escarpés de la vie (sur lesquels il est déconseillé de s'engager avec de pleins cartons de bouquins en équilibre instable).
Nous nous permettons cependant d'attirer votre attention sur un véritable trésor, la preuve en photo :


Il ne vous en coûtera que 0,80€. Mais dépêchez-vous. Quelqu'un pourrait bien décider avant vous que celui-là, il n'est pas illégitime de le prendre au pied de la lettre. 

mercredi 14 décembre 2011

Disons que j'ai arrêté d’accélérer.


Si vous croyez avoir compris quelque chose à la mécanique, c'est qu'on vous a mal expliqué.
Voilà ce que je me suis dis, en cette fin d'après-midi, face à la panne de mon véhicule. J'ai ouvert le capot, et je me suis dis, c'est fichu. De toute façon, ça tombe bien, je comptais faire une pause. Mais attention, une vraie pause ! J'en ai profité, j'ai éteins mon téléphone portable, j'ai ouvert les vitres, et j'ai attendu.
Ce que j'ai attendu ? Je ne sais pas. Disons que j'ai arrêté d’accélérer.

Au départ, je me suis sentie un peu mal à l'aise, parce que d'habitude mon téléphone sonne souvent, je tape très vite sur les touches de mon ordinateur, je suis over-bookée et cette hyperactivité me plait. Ma phrase favorite c'est "désolée, j'ai pas le temps". Réparer ma bagnole, courir après le temps et tenter de le rattraper, tourner le dos au deuil et à la finitude.
Là, la nuit commençait à tomber, et ce temps-là, ce temps de veille, se présentait comme un grand trou dans mon agenda. Un dimanche, un Sabbat, un moment d'intimité. Et voilà que je me mettais à philosopher !
J'ai respiré un bon coup : cette panne de voiture est une bénédiction, je me suis dit.

Les idées fusaient dans tous les sens.

Hier soir, au théâtre la dame elle a perdu sa chaussure. Les aléas du direct, du spontané, de l'humain. L'artiste postillonnait tout le temps, et ça se voyait bien dans la lumière des projecteurs. Y avait pas de montage, pas de "silence on tourne", ça respirait la spontanéité. La dame, c'était un artiste, qui s'expose au service d'une oeuvre, et j'ose dire, au service de la transcendance.
Sur Arte, ça parlait migration, immigration, émigration, l'autre soir. C'est très à la mode n'est-ce pas ? Parler d'hospitalité comme un défi collectif, individuel, politique aussi. Étranger et voyageur sur la terre...
Puis tout à coup, mais comme une évidence, j'ai pensé à mon fils, minuscule bout d'humain. Presque étranger lui aussi. Il ne sait pas bien marcher, il ne sait pas bien parler, il ne sait pas bien compter, il apprends à découvrir le monde et à se découvrir lui-même. Il est tellement vulnérable. Le travail des parents, l'éducation, quel accueil long et attentif !
Ressemblant au regard parental sur l'enfant, "un autre" nous accueille et nous aime inconditionnellement. Il se tient à la porte.

"J'en prends aujourd'hui à témoin contre vous le ciel et la terre : j'ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta descendance"

" Je suis avec vous toujours, jusqu'à la fin du monde "

Des phares. Une voiture. "Besoin d'aide ?"
Je vais laisser la voiture là. "Dis-donc, t'as confiance toi !"

J'ai répondu, oui j'ai confiance. C'était pas juste une histoire de bagnole. 
Oui j'ai la confiance : elle m'a été donnée.

(récit fictif inspiré du cours public du 14 décembre) 

dimanche 11 décembre 2011

La tentation

Ah non, ce soir il ne s'agit pas du cours public... il s'agit d'un sujet autrement plus sérieux, vous allez voir. 
C'est de la théologie pratique. C'est qu'on se pose des questions sur notre vocation, voyez-vous, très sérieusement. Alors on considère tous les aspects du problème, on les décortique, on les examine, on les analyse dans les moindres détails et sous toutes leurs formes. Y compris liquide :


Vous croyez que ça compte, pour la CdM, un tel sérieux dans la réflexion ?

vendredi 9 décembre 2011

Post Lux Tenebras ? (pour une approche anthropologique du rite de la pause)

Le rite pris dans sa dimension anthropologique s'efforce paraît-il de procéder à un nouage complexe entre le temps qu'on dirait ordinaire et le temps consacré à une réalité autre, supérieure. C'est pourquoi il nous a semblé intéressant de lire la tradition de la pause ipétienne comme un rite. En extrayant de façon rituelle les étudiants à la fréquentation des hautes sphères intellectuelles, on les rend momentanément à leur obscurité naturelle, à leur condition de simples mortels préoccupés de choses bassement matérielles, et on leur permet ainsi de retrouver un souffle bien mis à mal par la rareté en oxygène là-haut, tout là-haut. En fait, leur retirer la pause, ce serait comme les pousser comme Icare trop près du soleil. 
En gros, ça ne serait pas une bonne idée : il y aurait des plumes partout. Le seul avantage, ce serait de mettre fin au sacrifice rituel des petits gâteaux, lequel est source de miettes et de trous dans nos finances.
Hum ? comment ça personne ne songe à remettre en question le rituel de la pause ? Ah. Pardon. Considérez que nous n'avons rien dit. 

mercredi 9 novembre 2011

Mort du Fils, fin du sacrifice

Après la mort de Jésus, les chrétiens n'avaient pas la tête à décider qu'ils s'appelleraient un jour chrétiens et que ce qu'ils allaient dire changerait le monde et la façon de penser Dieu. Après la mort de Jésus, ils étaient catastrophés. Jésus mort - mais pas seulement ça : Jésus mort par le sacrifice réservé aux esclaves, aux criminels. Un renversement total de Dieu. Le récit consacré aux pélerins d'Emmaüs évoque cela, ce désespoir face à un événement auquel il fallait donner du sens, absolument.
Comment interpréter la mort de Jésus ? A chaque génération de chrétiens, il a bien fallu se représenter, à nouveaux frais, cette mort du Fils de l'Homme, du Fils de Dieu, de Dieu lui-même, sur la croix. On a beaucoup figé cette question, parfois, dans des dogmes qui entendaient donner une réponse à cette énigme. On a pensé ça sous le motif du rachat : en échange du pardon et de la grâce, Christ a pris le péché. Ou alors, plus pervers, on a pu penser que Dieu a lui-même pourvu au sacrifice qu'il exigeait pour l'immensité du péché des hommes qui le mettait en colère. Mais quel est ce Dieu-là ? qu'est-ce ça cache, un tel sacrifice? qu'est-ce qu'il va exiger en retour, qui permette de repayer, au moins un peu, un tout petit peu, cette nouvelle et immense dette dont on a hérité ? On n'en sort pas.
Est-ce qu'on peut penser autrement ? est-ce qu'on peut penser que la culpabilité n'est pas le prix à payer pour ce don qu'on nous dit gratuit mais auquel il est si difficile de croire ?
Oui, on peut. C'est là qu'est l'Evangile. 
La croix atteste que Dieu est radicalement différent de ce qu’on attendait. Il n’est pas celui à qui on sacrifie quelque chose, mais celui qui se révèle dans le crucifié, se solidarise avec celui qui meurt. Il n’est pas où on le cherche. Folie, scandale. Or, paradoxalement, cette mort a du sens. Parce que je sais en regardant à la croix que je me trompe sur Dieu... Celui qui reconnaît à la croix qu'il se trompe sur le lieu où Dieu se trouve, il est alors en communion avec ce Dieu-là. Alors cette mort est efficace, oui ! mais pas sacrificielle, non ! elle est efficace parce qu'elle manifeste la logique de la révélation et du don de Dieu. Ce que ça veut dire, c'est que, au moment même où notre sagesse nous fait passer à côté de Dieu, alors on le rencontre.
Nous pouvons, alors, confesser un Dieu qui meurt - et qui emporte dans cette mort toutes les représentations que nous nous en faisons. Ce qui meurt à la croix, c'est le Dieu archaïque... La croix, c'est le sacrifice du Dieu qui exige le sacrifice pour sa satisfaction. 
Ce Dieu que nous confessons, c'est le Dieu incompréhensible qui offre dans un geste incompréhensible, fou, scandaleux, le don absolu, fait une fois pour toute. Alors c'est un Dieu d'Evangile, un Dieu de la bonne nouvelle qui libère absolument.
Voilà de quoi il s'agissait, fondamentalement, ce soir au cours public à l'IPT. Alors avec un peu de chance, on a entendu une bonne nouvelle. 
Sinon, on peut toujours sourire. L'autodérision, ça s'appelle...