Affichage des articles dont le libellé est Théo Prat. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Théo Prat. Afficher tous les articles

lundi 3 décembre 2012

Grâce pour tous

- Et toi, tu en penses quoi, de ce "mariage pour tous" ?
- Je n'ose plus penser...
- C'est quoi ça, un protestant qui n'ose plus penser?
- C'est un protestant qui s'inquiète de l'unité de l'Eglise.
- Tiens, pourquoi ?
- Parce qu'à force de débattre on finit par se haïr.
- Mais la laïcité, si chère aux protestants, c'est justement voir l'espace public comme lieu du débat, et même du conflit, entre idées honnêtement exposées !
- C'est vrai. D'ailleurs dans le système ecclésial luthéro-réformé, le processus de prise de décision est collégial et évolutif. Une décision n'est jamais éternelle, seul Dieu l'est. N'empêche que ce qui me pose problème, c'est qu'on va forcément laisser des gens au bord de la route.
- Oui... quelle que soit la décision, il y aura des mécontents. Certains disent qu'il faut malgré tout prendre une décision et qu'un critère éthique est qu'il faut prendre soin des "plus petits" au sens biblique. Ceux qui n'ont pas la voix au chapitre. Autrement dit, les minoritaires.
- Mais ce n'est pas parce qu'une minorité veut quelque chose qu'il faut automatiquement l'accorder ! il faut que ce soit fondé ailleurs !
- Ailleurs, c'est bien le problème. J'ai l'impression qu'il y a deux logiques qui s'affrontent, d'une certaine manière. D'un côté, on affirme qu'il y a une altérité fondatrice à l'être humain, que cette altérité s'incarne dans la différence des sexes (on évoque aussi les références bibliques et métaphoriques entre Christ et son Eglise). 
- Oui, mais de l'autre côté, on rappelle que l'anthropologie chrétienne et notamment protestante, c'est l'acceptation de tous par Dieu, sans distinction de culture, d'importance sociale... ou de genre. Et que la norme ne peut pas, ne peut jamais, être le lieu de la grâce. Sinon on fait de la norme une nouvelle idole. 
- C'est ça. Et là, une parole forte des Eglises sur le sujet serait maintenant le plus beau signe de l'Evangile dans ce monde, non ? rappeller que le salut n'est pas dans la norme... 
- En même temps, ça ne règle pas le problème. 
- Pourquoi pas ? 
- Parce qu'au fond, ce dont on discute, ce n'est pas le "droit" à un mariage pour tous. De toute façon pour nous, le mariage n'est pas un sacrement, donc le débat peut sembler être de l'ordre de cette question qu'on posait à Luther et à laquelle il répondait "processionnez, processionnez donc !"
- Ah oui, ce que tu veux dire c'est que ce n'est pas le mariage qui est en question, mais autre chose ?  comme la question de la parentalité pour tous ?
- Peut-être, oui. 
- Et c'est là, du coup, que la question de l'altérité qui nous précède prend tout son sens. Une naissance témoigne de l'altérité absolue des deux parents, et aussi de l'altérité absolue de ce nouvel être humain. 
- Oui, faudrait creuser... au fond, il faut savoir de quelle représentation de l'humain on veut répondre. 
- Et de quelle représentation de la religion on se réclame.
- Tiens, ça me rappelle cette citation de Ferdinand Buisson en 1900, dont on a parlé en cours de théologie pratique l'autre jour : "Non, certes, la religion, surtout quand elle prétend me le révéler miraculeusement, ne m'apprend pas de science certaine, ne m'apprend même à aucun degré ce qu'est le monde et ce que je suis, d'où il vient et où il va, ni quel est mon rapport avec l'universalité de l'être. Mais elle m'empêche d'oublier que ces questions se posent, elle m'interdit de croire que je suis seul au monde, ce qui serait une erreur, ou de croire que je sais tout, ce qui en serait une autre, ou encore de croire que tout est parfaitement clair, ce qui serait la pire de toute."
- C'est beau dis donc.
- Ca donne envie d'être intelligent. Ensemble.

mardi 20 novembre 2012

La méditation liturgique : quelques balises



Le culte, a-t-on l'habitude de dire, est réponse à une invitation de Dieu.
Peut-on, en extrapolant, appliquer la même affirmation à la méditation liturgique ?

Quoi qu'il en soit, ce temps de méditation se voudrait invitation à une démarche différente de toutes celles où notre intellect durant la semaine tient la vedette. 

Ce temps de méditation se voudrait moment où le coeur se place dans une position d'écoute simple, unifiée. 

Ce temps de méditation se voudrait moment de coeur à coeur avec Dieu, au travers du silence et au travers de mots balisés, spontanés...

La méditation liturgique telle que proposée est orientation du début à la fin vers la prière, qui en constitue le centre et l'aboutissement. Elle est dite liturgique parce qu'elle s'inspire d'une longue tradition orante qui prend tout son sens au fur et à mesure qu'elle est pratiquée.
Ses étapes sont inspirées voire calquées sur les offices de la communauté protestante de Poymerol :
- Formule d'entrée dans le temps de prière
- Chant (prière du siècle)
- Psaume (prière des siècles, (selon la liste de la Bible en 6 ans de la FFP))
- Lecture des Ecritures (Evangile du dimanche, (selon la liste de la Bible en 6 ans de la FFP))
- Commentaire patristique (sur l'évangile lu, sélectionné pour son orientation vers la prière)
- Temps de prière silencieuse/spontanée, clôturé par le “Notre Père”.
- Chant (Magnifique est le Seigneur, recueil Alléluia N° 14/03, prière des siècles par le texte et du siècle par la mélodie).
- Formule d'envoi.
Entrer dans ce chemin balisé vise à éliminer tout aléa et favoriser la position d'écoute puis de restitution qui sont l'inspiration/expiration d'une même respiration.

Prier c'est se relier autrement entre nous.
Prier, c'est replacer notre action et nos pensées à l'intérieur du coeur, lieu, croyons-nous, où réside Celui que nous prions.
Prier c'est...

Alors plutôt que de se mettre à penser sur la forme, le moment, les participants, relâchons et entrons dans la prière où celui qui dit être doux et humble de coeur nous attend et dit "viens".

O.D.

L'Amicale vous rappelle que, sur une initiative des étudiants, ce temps de méditation liturgique se tient tous les jeudis à 9h à la chapelle. 

mercredi 14 novembre 2012

Autorité et management

Le management en Eglise, mais vous n'y pensez pas ! d'abord l'Eglise, tout le monde y est frère, il y a le sacerdoce universel, nous sommes égaux devant Dieu... et surtout, on risquerait de ressembler aux catholiques, si on se risquait à parler d'autorité parmi nous... Et puis ce que nous avons à "vendre", ça ne nous appartient pas, de toute façon bien malin celui qui sait ce que c'est, ce fameux Evangile, et puis de toute façon personne n'en veut, alors l'Eglise-entreprise, non merci, ça ne colle pas du tout.
On pourrait tourner la page. On pourrait. Mais ça serait sans doute faire preuve d'un irénisme coupable. Parce que l'Eglise est une institution et que l'autorité s'y exerce effectivement. Encore faut-il distinguer autorité et pouvoir. L'autorité ça se reconnaît à quelqu'un. Le pouvoir ça s'exerce sur le plus grand nombre. Et si nous reconnaissons de l'autorité à d'autres qu'au Christ seul dans cette institution qu'est l'Eglise, c'est en vertu d'un mandat qui leur est confié. Par Dieu et par des humains. Ecouter un prédicateur par exemple, c'est l'inviter à parler pour soi et lui reconnaître l'autorité d'un porteur de parole. Soumettre la conduite d'une communauté locale aux décision d'un conseil presbytéral ne se fait que par délégation lors d'une assemblée générale. Reconnaître l'autorité de nos synodes et des conseils (régionaux et national) qui mettent en oeuvre leurs décisions, c'est choisir de confier à certains la conduite des affaires de tous. Et c'est bien un choix : ça ne s'impose pas. C'est le principe d'organisation de notre Eglise et c'est ainsi que nous fonctionnons, tous ensemble, pour le bien de tous et l'annonce de l'Evangile.
L'autorité en Eglise, donc, ça existe. Et il faut bien voir que l'exercer ne se fait pas en dehors des lois. Lois de la société d'abord, qui impose certaines régulations auxquelles nos institutions doivent se plier. La forme d'une association, par exemple, ce n'est pas nous qui la décidons, c'est un principe auquel nous nous conformons. Lois humaines ensuite. Il est important de savoir comment s'exerce l'autorité, quels sont les risques humains encourus dès que ça dérape d'une façon ou d'une autre. Il est important également de savoir quelles sont les qualités humaines nécessaires pour exercer l'autorité de façon constructive, au service du bien des autres et de soi-même. Il n'est pas négligeable de savoir comment gérer un conflit, comment instaurer des instances de médiation si nécessaire, comment définir avec clarté le rôle de chacun et impliquer les uns et les autres dans la conduite des affaires communes. 
Ce sont ces questions dont nous traitions hier au séminaire "Autorité et management" destiné au premier chef (si j'ose dire) aux Master pro. Ils auront, très bientôt, à se confronter à une expérience immédiate et bien réelle de l'exercice d'une autorité respectueuse de tous, au service de tous. Ca ne va pas de soi. Ca suscite des interrogations, souvent existentielles, et des questions (celles-ci et bien d'autres) que nous avons pu partager, sous la conduite bienveillante de Bernard Dugas, consultant en ressources humaines et fin connaisseur de l'Eglise, et de Michel Bertrand, qui supervise le programme de Master pro. 
PRG

samedi 10 novembre 2012

Joyeuse collaboration

Mercredi soir, lors du traditionnel apéro de l'Amicale, Eva Nocquet, pasteur de l'Eglise de Sète et du bassin de Thau, est venue nous parler de son expérience dans sa communauté et partager quelques questions. Comment intéresser des gens à la fréquentation de l'Eglise et de ses activités ? Comment s'adresser à des générations jeunes (les deux "générations absentes", enfants et moins de 50 ans) qui ne voient pas forcément l'intérêt de venir écouter et participer ?
Au cours d'un échange informel, nous avons proposé certaines choses, pour des interventions ponctuelles dans différents lieux possibles, soit dans l'espace protestant (temple, centre familial du Lazaret) soit dans la Cité : une animation autour d'un film avec débat et/ou théâtre forum ; un "culte-autrement" avec musiques modernes et discussion ; une réunion avec les étudiants en théologie, ouverte à tous ; du théâtre autour d'une pièce écrite ensemble pour le projet de vie "constituer un trésor d'Eglise", avec une porte ! Pourquoi pas aussi une "chorale pour tous", comme cela se fait en Allemagne ?
Cela n'aurait pas lieu dans le cadre de l'Amicale (qui n'a pas vocation à ça) mais comme une façon de faire des choses ensemble, d'apprendre au contact de la réalité. Il n'y a pas de génération spontanée, mais peut-être peut-on considérer ces projets comme le signe d'un genre de ministère spontané, dans une joyeuse collaboration !
Pour plus d'infos et proposer vos idées, toujours précieuses, contacter Pascale à l'Amicale.

lundi 29 octobre 2012

Théologie en Hongrie

Je vous écris de Sarospatak. J'ai visité ce matin une des quatre facultés de théologie hongroises. Fondée en 1531 et réouverte en 1990 après l'ère communiste, elle est installée dans un bâtiment historique : le prince Ferenc était acquis à la Réforme calviniste au seizième siècle. Le professeur d'histoire nous a fait visiter la bibliothèque : incunables, écrits en latin datant des débuts de la Réforme, traductions d'ouvrages littéraires (j'ai vu un magnifique livre illustré de Victor Hugo dans une des vitrines), éditions annotées de la Bible dont un tome superbe d'une édition en hébreu, grec, latin et hongrois, constituent le fonds ancien. Dans la partie plus moderne voisinent des ouvrages en hongrois et en anglais. De nombreux chercheurs viennent chaque année travailler ici. Quant à la faculté proprement dite, elle compte environ 60 étudiants régulièrement inscrits (chercheurs et futurs pasteurs de l'Eglise réformée) et plus d'une centaine d'étudiants par correspondance et en parcours aménagé. La taille de l'institution, le style d'enseignement et l'ambiance me rappellent l'IPT.
On enseigne ici toutes les disciplines de la théologie. La professeur qui m'héberge enseigne notamment l'histoire de la dogmatique. Elle m'explique qu'elle trouve passionnant de partager avec les étudiants l'évolution de la théologie, toujours à comprendre à nouveaux frais. La place de l'imagination en théologie est donc toujours d'ouvrir la réflexion, de renouveler pour aujourd'hui ce dont d'autres ont eu l'intuition. On actualise en permanence, pour le monde et les préoccupations d'aujourd'hui. 



Elle est également responsable du programme Erasmus. On suit ici le système LMD, comme chez nous. Ca signifie que les cours peuvent être suivis par des étudiants originaires d'autres pays que la Hongrie. Les professeurs, outre le hongrois, parlent l'anglais, parfois l'allemand ou le hollandais. Mon guide de ce matin parlait un excellent français. Parmi les cours donnés en anglais, on trouve un cours sur la spiritualité postmoderne, sur le concept de Dieu dans la trilogie d'Ingmar Bergman, sur la théologie morale de Dietrich Bonhoeffer ou encore sur les défis ecclésiologiques dans l'Eglise réformée hongroise (pour plus d'informations, voir sur le site de la faculté de théologie, programme Erasmus). Nous rêvons ensemble à la possibilité d'échanges entre nos facultés : échange d'étudiants, échanges de professeurs, conférences... Pourquoi pas ? Ce sera aux collèges des enseignants de s'emparer de cette question, en tout cas le fait que l'IPT fasse à présent partie du programme Erasmus pourra faciliter les choses. Ce que mes voyages m'ont appris, c'est que le contact avec des théologiens du monde entier permettent de reformuler nos propres prises de position. On voit mieux que la systématique, c'est vraiment avoir affaire à un système : quand on essaie d'intégrer à son propre positionnement des idées venues d'ailleurs, ça fait nécessairement bouger l'ensemble et il faut travailler sur la globalité pour que chaque élément prenne sa place. En ce sens, tout théologien est systématicien. Mais aussi historien, bibliste, praticien... Ce n'est pas un hasard si pendant longtemps, la théologie était la reine des disciplines, celle qui couronnait toute une éducation. 
Le dialogue entre théologiens n'est pas qu'un dialogue entre cultures. Encore que ce soit un aspect tout à fait agréable de ce voyage que de partager un bon vin (Tokay est tout près d'ici) ou de délicieux gâteaux hongrois au coin de la monumentale cheminée en céramique !
PRG

dimanche 14 octobre 2012

Carrés chocolat-caramel


Il arrive, vous le savez, que nous fassions la cuisine et la dégustions ensemble ensuite. D'où l'occasion qui nous est donnée ici aujourd'hui de partager une recette... de la théologie du sucre et du chocolat à la théologie de la grâce, il n'y a peut-être qu'un pas.

Carrés chocolat-caramel

Mélangez 150g de beurre ramolli, 50g de sucre, 250g de farine et un sachet de sucre vanillé. Tassez au fond d'un plat à four et mettez à four chaud (180°) jusqu'à ce que ça soit légèrement doré.
Mélangez une petite boîte de lait concentré, 75g de cassonnade et 75g de beurre fondu, versez sur la pâte et remettez au four pour faire prendre le caramel. Laissez refroidir. 
Faites fondre du chocolat blanc d'un côté, du chocolat noir de l'autre, et disposez des cuillères de chaque en damier sur la pâte, puis tapotez pour faire se toucher les nappes de chocolat. Ensuite, faites des volutes à l'aide d'une pointe de couteau et mettez au frais. Quand le chocolat a durci, vous pouvez couper le gâteau en petits carrés.

samedi 13 octobre 2012

Une parole qui met à l'écoute


Nous apprenons à parler ; çà s’appelle homilétique, et en soi le vocable est une leçon d’anti-communication. Mais l’avantage de commencer par un gros mot, c’est que tout après paraît plus simple.
Pour la vingtaine que nous étions ce mercredi matin-là les professeurs Michel Bertrand, Dany Nocquet et Elian Cuvillier nous disaient leur tendresse pour les textes ; mais ils ne nous faisaient pas mystère des pièges pour le futur prédicateur, un défi qu’ils nous invitaient à relever.
Naturellement les auteurs des textes bibliques étaient déjà des théologiens ; même dans les récits de l’Ancien Testament apparemment les plus indéchiffrables pour notre culture – la peau cloquée de Naaman, les fesses de la belle Rachel –, il y a souvent l’illustration d’un message enfoui qui nous concerne. Comme on prêche le Nouveau Testament, on peut prêcher l’Ancien.
Quel que soit le passage biblique retenu, il faudra dépasser notre travail préalable d’explication mot à mot : nécessaire pour éviter les contresens, il ne suffit pas à en faire entendre l’inspiration. Mieux vaut se mettre à l’écoute du message du texte, et y accompagner l’assemblée.
A l’écoute du texte, ce n’est donc pas développer sa préoccupation personnelle, ou se laisser envahir par son idée du moment. Mieux vaut se rendre disponible à l’interpellation dérangeante qui résonne à la lecture du texte, que se raconter soi-même, ou gloser sur l’actualité immédiate, ou encore se mettre à la remorque de l’idéologie à la mode. Le risque de ces captures, c’est de se priver, et de priver l’auditoire, de la leçon du texte lui-même, qui nous interroge et souvent nous déplace.
C’est peut-être une évidence, mais la chaire n’est pas non plus le lieu de régler des comptes ; le prédicateur doit s’appliquer à lui-même l’interpellation qu’il entend dans le texte ; les vraies vérités sont bonnes pour tout le monde, et pour le prédicateur en premier lieu.
C’est parce qu’on se sera mis devant l’Ecriture, loyalement, avec le goût de la lire et de la faire lire, sans la capturer d’aucune manière, qu’elle pourra être entendue par les membres de l’assemblée : cette histoire me concerne, aujourd’hui, dans mon existence, elle me transmet quelque chose d’important. Cette vérité devant la parole est un chemin de crête, en réalité, et chacun de nous est à son tour, et si peu que ce soit, concerné par les travers qu’on vient de décrire, si bien qu’il est parfois pénible de s’écouter parler, alors qu’on aurait voulu entendre l’annonce de l’Evangile, toujours au delà de ce que nous disons.
Heureusement Luther ne mâche pas ses mots: « le fait que Dieu nous donne sa parole par de méchants fripons et par des impies, n’est pas une petite grâce ». Au fond, cela nous rassure pour relever les défis de la prédication.

jeudi 11 octobre 2012

Maison d'étude


Maison d’étude à Montpellier – trois semaines déjà

Les anciens nous en avaient parlé, c’est ici, dans un quartier de Montpellier, l’ancienne maison de l’économiste Charles Gide, transformée en lieu de cours, avec des salles, des espaces, et même des liaisons internet pour ceux qui ne peuvent pas venir souvent. Une bibliothèque bien fournie a fleuri dans le parc, lumineuse, ultra-moderne, pour rendre accessible la mémoire des chercheurs de Dieu. De la place, du calme, des bouquins : on est comme hors la ville à deux pas de l’arrêt du tramway. C’est la Faculté libre de théologie protestante, l’IPT, au sens propre une maison d’étude.

Etudiants, chercheurs, auditeurs libres, professeurs. L’ambiance est joyeusement studieuse, sans barrières. Les étudiants, français ou pas, de tous âges, viennent d’horizons variés du christianisme, ont parfois déjà vécu plusieurs métiers, plusieurs vies, et ne savent en général pas quelle sera la suivante. C’est au fond d’eux mêmes qu’ils se sont engagés.

Les professeurs sont des trublions ; si vous espériez penser en rond, si vous comptiez réétayer à peu de frais vos certitudes enfantines, tant pis pour vous ; dès le premier amphi général il y a trois semaines, comme de bons larrons savamment complices, ils ont déménagé la maison ; vous ne savez plus où vous habitez ; vous allez pouvoir rechercher vos marques.

A Bible ouverte, et ça tombe bien, ils la connaissent par cœur, dans la langue de votre choix en plus, comme si c’étaient eux qui l’avaient traduite, et si j’en crois le liminaire de ma NBS, çà doit être le cas de plusieurs d’entre eux, à Bible ouverte donc, ils vont vous initier à cet étrange jeu de piste. Figurez-vous qu’en presque trois mille ans, le code a changé ; le contexte n’est plus le même, on ne racontait pas les choses comme on les dirait aujourd’hui.

D’une génération à l’autre ces textes se font écho, leurs symboliques se répondent. Il est salutaire de découvrir que toutes les questions que vous avez toujours voulu vous poser sur la foi chrétienne, sans vraiment oser vous les formuler, même à vous même, ont déjà été posées par d’autres qui vous précèdent, ont été débattues, rebattues, contredites, dépassées, et que la réponse est toujours à nouveau à dire. Quand les hommes d’autrefois nous racontent l’histoire de la quête de Dieu par leurs ancêtres, pour que nous puissions repartir de leurs marques, on comprend qu’ils ont mis beaucoup d’eux-mêmes dans le récit. Pour nous autres étudiants, cette lecture est un lent déchiffrage, un incessant questionnement.

Et si justement l’important était ce chemin? Et si la rencontre pouvait se répéter ? Si ce passé pouvait se retrouver au futur ? Certainement l’aventure de la quête de Dieu continue, « Wir sind Gott’s Betteler » – « Nous sommes des mendiants de Dieu » – aimait à dire Luther. Les générations successives ont vécu cette recherche au présent, comme la Bible en rend compte, et comme plus près de nous l’histoire le raconte ; cette génération à son tour réinterroge les réponses des générations précédentes, et s’aventure à la même quête.

Dans la maison d’études, le mardi à 13h, des étudiants, à tour de rôle, s’essaient, avec la Bible et avec leurs mots, à faire culte dans la chapelle. A la chapelle (comme ailleurs dans la maison d’étude), la place est nette. Pas de décoration, pas de symbole, sauf ici une Bible et une croix en creux, devant la lumière, comme pour signifier à la fois le manque, l’écoute, et la perspective de la recherche.


GC

mardi 9 octobre 2012

Tout est communication


En ce lundi 8 octobre, un grand nombre de personnes, des autorités civiles aux simples étudiants en passant par les professeurs, les responsables de la vie collective à l’IPT, les habitués de notre faculté et des membres de l’Eglise de Montpellier, se sont rassemblés dans la Salle des Actes à la faculté. Toutes les chaises disponibles étaient occupées, ce qui témoigne d’un grand intérêt pour cette soirée de rentrée solennelle.

Dire « tout est communication », c’est dire que les humains ne communiquent pas avec des paroles seules. Un long silence peut communiquer autant de choses. Ce soir, ce n'est pas le silence qui a voulu nous dire quelque chose. La soirée a débuté par des mélodies baroques enchantées à la flûte à bec et à la viole de gambe.

Cette communication musicale est suivie par la communication verbale. Nous avons revisité l'année passée avec le rapport du décanat, fait par le vice-doyen. Ce rapport était un merci à tous ceux qui mettent en place et rendent possible une vie agréable à la faculté. Le rapport a également insisté sur le côté international de notre faculté, avec des étudiants du monde entier et des échanges de professeurs qui dépassent les frontières des continents. Sans même parler de passer les frontières géographiques, l'année a été marquée par des échanges, entre étudiants à la faculté et avec ceux d'autres instituts qui sont venus jusqu'à Montpellier ou que nos étudiants sont allés visiter dans leur lieu d'études, à l’Institut catholique de Toulouse.

La fin du rapport a été suivi par d'harmonieuses notes par les mêmes musiciens. Elles nous ouvrent les oreilles encore plus grandes pour écouter la leçon inaugurale du doyen sur la communication : « La communication, une histoire sans parole ? ».

Le contenu du discours nous fait voir la grande importance de la communication en ce qu'elle empêche un chaos social de s'installer. C'est dans ce but que les moyens de communication modernes ont été promus au lendemain des grandes guerres.

Le doyen nous rend également attentif à ce que, si tout est communication, même l'ordre des mots communique quelque chose. Justement, la communication n'est pas tout. Si un message a besoin d'un moyen de communication pour être transmis, ce contenant perd son intérêt sans contenu. Il resterait une communication pour la communication. Ainsi, la communication risque de devenir une histoire sans parole.

En plus, au delà des informations échangées, la communication permet d'aller vers l'autre, de le rencontrer. Communiquer c'est faire advenir la parole au langage, tout en sachant que le locuteur ne maîtrise pas le résultat de son énoncé. Cela parce que le langage trahit. Les signifiants utilisés par le locuteur peuvent susciter des signifiés différents chez celui qui écoute, car celui-ci accueille l'énoncé là où il en est, dans sa vie et sa situation.

Il en est de même de l'accueil spirituel, d'une rencontre avec Dieu. Cette rencontre passe par les paroles humaines ou d'autres supports, car la Parole ne vient pas dans l'histoire sans médiation humaine. C’est la logique de l’'incarnation, qui nous rappelle l'importance de travailler son discours, son langage, sa rhétorique, même si l'effet de l'acte de parler échappe, car il est impossible de se passer du langage. Ainsi, la communication chrétienne se trouve, pour Kierkegaard, entre la communication directe qui veut faire connaître en faisant passer une information et la communication indirecte qui veut faire reconnaître dans le secret de l'intériorité.

Le propos bien communiqué du doyen se termine du point de vue verbal, mais continue sans doute à parler dans le silence ou dans d'autres formes de communication...

Une communication de retour et de revoir continue pendant l'excellent buffet qui suit dans le parc. Le sourire des cuisiniers qui ont mis en place le buffet est à la hauteur du bon goût du repas. Les réactions et les expressions des visages ont également communiqué que le buffet et la soirée étaient appréciés : tout est communication !

MV

jeudi 4 octobre 2012

Ecoute !

Ou la preuve en images sonorisées que oui, Dieu parle... même si on peut avoir des façons inattendues de l'écouter !


mardi 11 septembre 2012

Retour aux affaires


Depuis vendredi midi, me voici de retour sur le sol français, après une quinzaine très riche en terme d'expériences, de rencontres, d'apprentissage aussi.
Que retenir de tout ceci, et comment le retranscrire en actes concrets dans le futur ?
C'est en substance ce que les personnes du COE qui nous encadraient nous demandent : un projet qui s'inscrit dans une dynamique oecuménique, en lien avec ce qui nous a le plus touché pendant ce séjour en Crète.
Vaste programme, d'autant plus que me concernant, je serai limité en terme d'initiative par mon stage en paroisse.

Et pourtant, j'ai vraiment envie de partager ce que j'ai vécu là-bas, de montrer que, quoiqu'on en dise, l'oecuménisme même s'il n'est pas révolutionnaire, porte des valeurs qui me sont chères, et qui reflètent ma vision de l'Eglise.
Alors, que faire pour pouvoir concilier à la fois l'année universitaire, le stage, le mémoire, les reprises de stage à la Faculté, les rencontres avec la Commission des Ministères et ce fameux projet qui nous est demandé ?
Ma première réponse fut de dire que je me contenterais d'un compte-rendu à l'Eglise Réformée de France, par qui j'ai été envoyé.
Mais j'avais envie d'aller plus loin, de pouvoir partager ce vécu et de faire la promotion de l'oecuménisme. Un compte-rendu écrit ne permet pas de remplir cet office.
Alors je me suis dit, que j'allais essayer de profiter des prochains évènements de l'Eglise pour essayer de partager mon enthousiasme oecuménique avec le plus de personnes possibles.
Avec ERF on Tour, j'ai été sensibilisé à l'importance du témoignage, de la présence de l'Eglise hors de ses murs. Avec mon expérience au COE, j'ai pris conscience de l'importance de travailler ensemble. Se rassembler malgré nos différences pour être encore davantage visibles, et montrer que nous pouvons dépasser ces divergences, ces clivages, pour annoncer quelque chose qui dépasse les questions de dénomination...

Finalement un mot revient constamment à mon esprit suite aux différentes expériences de cet été : être acteur.
Être acteur de sa vie, offrir une présence à l'autre, à celui que je ne connais pas, offrir aussi une possibilité de dialogue, accepter la diversité comme une richesse et non comme un obstacle à toute entreprise. Être l'acteur d'un possible, faire le pari de l'espérance, plutôt que de ne voir que les obstacles, et buter contre le mur de la peur, le tout humblement.
C'est pour moi une Bonne Nouvelle, celle d'oser, d'aller de l'avant, tout en sachant que le résultat quel qu'il soit, ne nous appartient pas.
L'important c'est de prendre le risque de s'exposer à l'autre, cet étrange, ce semblable mais non pas identique, accepter que l'Eglise aussi doit sauter le pas, prendre le risque de sortir de son confort, de son ronronnement quotidien, de sa routine parfois rassurante, pour se risquer au-dehors, que ce soit vers d'autres confessions, ou plus largement pour donner à tous l'opportunité d'entendre une Parole qui nous bouleverse et nous fait vivre, celle de l'Evangile.

C'est pourquoi j'essaierai de garder à l'esprit que nous n'avons qu'une obligation de moyen, celle de tenter, d'offrir, de s'offrir aussi, dans une forme de lâcher-prise à la rencontre et à la contradiction.
Mais j'ai compris cet été que c'est grâce à l'échange de convictions qu'on peut se forger sa propre identité, en réaction à celles qui nous sont soumises. L'essentiel est de respecter les convictions de chacun, sans pour autant tomber dans le piège du syncrétisme : être à l'écoute de l'autre ne signifie pas être d'accord avec l'ensemble de son discours, mais bien le reconnaître comme un sujet qui mérite tout autant que soi, d'être entendu, un autre qui a aussi, une Bonne Nouvelle à nous apporter.
En quelque sorte, un retour perpétuel aux affaires théologiques et à la formulation de sa foi !

lundi 27 août 2012

Hospitalités et Hospitalisés


Aujourd'hui dimanche, était un jour un peu particulier pour l'ensemble des Stewards : nous sommes en effet allés assister à une célébration orthodoxe dans un monastère de sœurs. Jusque-là, rien de bien extraordinaire, puisque 96% des grecs se considèrent orthodoxes. Mais, lorsque nous sommes arrivés à 8h30 du matin, alors que la célébration commençait à 7h30 par une première partie « privée » entre les popes orthodoxes et les sœurs, nous n'avions plus de place pour nous asseoir en groupe et bénéficier d'une traduction d'un des membres de l'encadrement (qui doit prochainement devenir pope au demeurant). Aussi nous sommes-nous pour la plupart retrouvés hors des murs de la chapelle, devant la porte (ouverte), à devoir assister à un office auquel nous ne comprenions que peu de mots (l'office étant célébré en grec). Autant dire, que nous en avons profité pour discuter entre nous de nos Eglises d'origine, des différences entre les Eglises...

Puis, nous sommes allés déjeuner à Chania, la « capitale » du district ouest de la Crète, dans un restaurant où nous avons pu déguster quelques spécialités crétoises, notamment le fameux digestif raki, mais aussi le mouton cuit avec des herbes avec son gras, ou encore la salade crétoise, composée de pain dur (voire rassi), de tomates concassées mélangées à de l'huile qui viennent humidifier le pain, et de fêta.

L'après-midi qui suivit était libre, et certains en ont profité pour piquer une tête dans la mer méditerranée, tandis que d'autres ont pris le parti de faire un peu de shopping, non sans avoir pris quelques photos, dans quelques lieux du vieux Chania (La Canée en français).


Au soir du troisième jour (j'ai l'impression de parler comme dans les Evangiles...), pendant le repas, avec un autre steward presbytérien, nous avons instinctivement, et sans arrière-pensée, souhaité prendre la Cène que nous n'avions pas pu partager le matin dans l'Eglise orthodoxe grecque (qui n'offre pas l'hospitalité eucharistique pour la raison suivante : l'unité doit être vécue pendant la communion, c'est à dire qu'il faut être uni pour pouvoir communier, donc être membre de la même église). Or pour nous presbytériens, l'unité peut se vivre au moment où Christ nous invite à vivre ensemble, à partager : c'est le moment où, tout au contraire des orthodoxes, les protestants offrent la possibilité d'être rassemblés sans exclure quiconque.
Cela a entraîné la réaction d'une nigériane qui a passé plus de dix ans en Grèce et qui est membre d'une Eglise orthodoxe : elle nous a demandé ce que nous faisions, et nous avons eu l'occasion d'expliquer ce qu'était pour nous la communion, et que quiconque croyait en Dieu et le reconnaissait comme Sauveur et Seigneur pouvait y prendre part. Alors certes, la liturgie de la Cène n'a pas été respectée du tout, mais nous étions clairement dans une démarche spontanée et sincère, mais aussi dans une démarche d'exposition de nos convictions (dans l'après-coup).

Nous devions avoir à la fin de la troisième journée une soirée culturelle où chaque steward pouvait partager quelque chose venant de son pays en moins de cinq minutes (une chanson, une danse, une histoire, un poème...), malheureusement la soirée d'hier a dû être annulée en raison d'un passage aux urgences hospitalières de deux stewards : rien de grave, mais par solidarité, nous avons préféré attendre qu'ils soient revenus pour partager nos différentes cultures. Aussi je ne peux pas vous parler de la première partie de ces cultural evening. Finalement, l'ensemble des stewards passera ce soir, et la soirée promet d'être aussi longue qu'enrichissante.

Pour revenir à ce qui s'est passé durant le quatrième jour (lundi), nous avons comme chaque matin pris un temps de « culte » au sens générique du terme : les stewards sont rassemblés en fonction de leur continent d'origine, et chaque continent anime un matin dans le séjour. Les liturgies qui nous ont été offertes étaient originales, mais dans la plupart des cas, la théologie véhiculée est quelque peu différente de celle de l'Eglise Réformée de France : les notions de péché, de sacrifice reviennent assez souvent dans ces liturgies, ce qui, je dois bien avouer, n'est pas ma tasse de thé. En revanche, la forme est très intéressante, notamment lorsque l'Afrique a présenté son travail collectif : chaque steward avait apporté à la liturgie un élément de sa confession, de son Eglise, ce qui aboutissait à une liturgie très riche, variée, (avec une ligne directrice pas toujours très claire cependant).
Ce qu'il faut retenir de tout ceci à mon sens, c'est qu'on peut toujours s'enrichir de la manière dont chaque confession, dans son propre contexte vit l'Eglise (invisible). Nous sommes tous amenés à évoluer au sein de notre propre contexte, en raison de l'environnement qui nous entoure, mais il me semble que nous ne devons pas oublier que nous ne sommes pas seuls, que notre église, quand bien même elle nous est chère, n'est pas l'Eglise absolue et définitive.
Hier, (au troisième jour de mon séjour sur place), une intervenante nous a rappelé que nous devons toujours garder à l'esprit que nous connaissons d'abord et surtout notre propre contexte et nos propres convictions, sans connaître ou en ne connaissant que peu les convictions des autres confessions, notamment lorsqu'elles sont situées dans d'autres contextes.
Il nous faut donc rester humbles face à la diversité, même si au premier abord, la manière dont certaines confessions vivent leur foi ne nous correspond pas.

Si je devais résumer ce que cette journée m'a apporté, je dirais que, même lorsqu'on se sent mal à l'aise par rapport à la pratique de l'autre, on ne doit pas oublier qu'aucune confession ne peut prétendre détenir l'entière et absolue vérité concernant Dieu, qui n'est pas enfermable dans une institution humaine. Alors je prends le parti et je fais le pari d'essayer de voir dans chacun des stewards ici présent, et plus largement dans chaque personne que je suis amené à rencontrer, la trace de Dieu, et de ne pas dénigrer ce que cette personne qui est tout autant un sujet que moi, et qu'à ce titre je dois respecter comme tel, peut m'apporter concernant la représentation que je me fais de Dieu. La maison de Dieu n'a pas de localisation géographique, chacun d'entre nous pouvant être d'une façon ou d'une autre hôte de Dieu.

samedi 25 août 2012

Jours 1-2 : Communauty Building


Alors que nous sommes à peine arrivés à bon port (surtout pour ceux qui ont atterri à une heure avancée de la nuit),  les sessions d'introduction commencent déjà.

Nous sommes logés au sein de l'Académie Orthodoxe de Crète qui jouxte un monastère orthodoxe lui aussi (monastère qui apparaît au premier plan de la photo ci-contre).

Nous apprenons à nous connaître petit à petit à travers les discussions et les activités, basées sur la constitution d'un groupe (communauty building), pour que ce même groupe puisse être au service du Comité Central dans quelques jours. Ces activités visent aussi à nous faire prendre conscience des limites du langage, en particulier quand tout le monde n'a pas le même niveau en anglais, que ce soit en terme de compréhension, ou d'expression. Du coup, le langage corporel, non verbal, vient en aide pour arriver à saisir l'ensemble de ce que l'autre veut communiquer.
L'ambiance est en tout cas très bonne, et chaque culture, chaque confession vient enrichir l'autre. Je tirerais volontiers un premier enseignement de ce constat : nous ne pouvons pas nous considérer comme étant seuls en tant que chrétiens, même au plus profond de notre solitude et quand bien même nous lirions la Bible en solitaire. Être chrétien, cela signifie avant tout et peut-être surtout, être en relation avec la communauté des croyants.

Mais revenons-en au soir de mon arrivée, jeudir soir. Dès la fin du repas du soir au cours duquel je suis arrivé, les discussions théologiques sont apparues, et surprise, la théologie francophone (protestante) n'est pas inconnue de tous (en tout cas pas au Liban dans les académies orthodoxes). Certes, elle est connue exclusivement à travers les auteurs traduits en anglais, parmi lesquels Daniel Marguérat figure en bonne place. Mais c'est déjà une belle surprise de constater que, même au niveau théologique, l'oecuménisme peut se vivre, ce dont je doutais pourtant en arrivant. L'oecuménisme ne peut pas se limiter à une simple reconnaissance d'une foi commune en Jésus-Christ, il se doit d'aller plus loin quitte à ce que le consensus soit plus difficile à obtenir.
Quoiqu'il en soit, au sein du groupe des stewards, il y a certes des dissensions, des divergences, mais je crois que nous allons pouvoir aller au-delà pour trouver les points de convergences.
Je trouve qu'il règne ici une certaine ouverture d'esprit (peut être changerai-je d'avis dans les prochains jours) qui permet de s'ouvrir aux autres, et de passer par-delà les différences de confession pour pouvoir discuter entre sujets libres, capables d'évoquer leur foi et de formuler leurs convictions.

Ce matin, qui correspond à la deuxième journée du programme introductif, nous avons eu un temps de réflexion autour du texte de Ruth au chapitre 3, sur les relations entre les genres (masculins, féminins) et sur la place de chacun dans le groupe.
Après cela, la coordinatrice du projet nous a communiqué une sorte de charte concernant les cas de harcèlement sexuel. En effet, étant donné qu'il y a autant de nationalité que de stewards (soit 26), chacun n'a pas forcément, au sein de sa culture, la même compréhension de ce qui peut être gênant pour l'autre ou non. Il s'agissait donc que chacun soit au clair avec les comportements proscrits, et ceux qui ne le sont pas, sachant que l'élément crucial qui permet de déterminer si une conduite est répréhensible ou non, est celui du consentement des deux personnes.
Là encore, l'idée est que le groupe puisse vivre sereinement, qu'on se sente bien au sein du groupe, et que nous puissions établir des relations de confiance avec chacun des stewards.

Pour ce faire, à la fin de chaque journée, et avant le repas du soir, nous nous réunissons en petits groupes appelés home groups, qui n'excède pas 5 stewards. Au cours de ce temps, nous faisons le bilan de la journée, et nous avons l'occasion de dire ce qui s'est bien passé, ce qui ne s'est pas bien passé, ce que nous aurions aimé faire en plus, mais aussi comment chacun se sent au sein du groupe.
Ces temps sont à mon sens important, pour que chacun puisse prendre la parole, même ceux qui sont les moins à l'aise en anglais.

Pour terminer ce billet, je ne pouvais pas ne pas évoquer la nourriture terrestre qui nous est servie abondamment à l'Académie (que je ne vous ai pas encore présentée du reste : http://www.oac.gr/ ).
Nous mangeons en effet remarquablement en Grèce, même si les plats qui nous sont servis ne ressemblent pas spécialement à de la cuisine locale : hier soir nous mangeâmes ainsi un repas italien (pizzas, spaghettis et tutti quanti), tandis qu'aujourd'hui à midi, le très fameux poulet-pommes de terre nous fut présenté à table. Enfin, que dire de la glace à la banane dont la couleur m'évoque davantage l'adjonction massive de colorants, qu'elle ne me laisse apprécier le plaisir de pouvoir déguster une crème glacée.
Heureusement, les « hérésies » ne sont pour l'instant que culinaires, et c'est en fin de compte tout à fait appréciable !

samedi 21 juillet 2012

Témoigner


On avait peur, on n'avait pas envie de le faire. Quoi ? Témoigner. Directement. A des vrais gens. Et pourtant on l'a fait... et on le raconte, ici (clic), sur le blog d'ERF on Tour

"D’une certaine façon, l’Eglise ce matin était un peu plus visible que d’habitude. Mais pas parce que nous, de l’Eglise, sommes allés la mettre dans la rue. Plutôt parce que tous ces gens croisés, c’est eux l’Eglise et que nous, nous les avons vus."

samedi 14 juillet 2012

Carrefour de l'engagement

Vous trouverez à l'adresse suivante, http://www.engagement-protestant.fr/, une plateforme permettant d'entrer en relation avec de nombreuses associations protestantes pour vous permettre de trouver l'engagement qui vous correspond. S'engager dans une association protestante aujourd'hui, c'est donner du sens à son action... Stages, CDI, CDD, service civil... beaucoup de choses sont possibles. A vous d'aller voir !

jeudi 24 mai 2012

Justice, justesse

Mardi soir s'est tenue à Sète une de ces belles réunions dont nos Eglises ont le secret : des gens souhaitent évoquer ensemble un thème de société en y réfléchissant à la lumière de l'Evangile. Ce soir-là, le thème était la justice, et plus précisément la "justice restaurative". L'aumônerie nationale aux prisons de la FPF (dont nous avons reçu l'an dernier le responsable, Brice Deymié, pour une soirée de l'Amicale) a en effet fait traduire récemment aux éditions Labor et Fides un ouvrage d'Howard Zehr consacré à la justice restaurative. 
Le principe de cette justice qu'on pourrait dire aussi "réparatrice" (ce qui est peut-être plus parlant) est des plus simples. Il consiste à poser d'emblée que ce qui importe le plus, ce sont les personnes et les relations interpersonnelles. Dans l'Ancien Testament, on trouve notamment ce beau mot de shalom, traduit souvent par paix, mais qui recouvre beaucoup plus. C'est un état de bien-être pour chacun au sein d'une communauté humaine, bien-être par rapport aux autres, à Dieu et à soi-même. "Dans une paix", "dans la paix donnée par Dieu", sont des expressions qui reviennent souvent et désignent cet état, précieux entre tous, d'équilibre dans une communauté humaine sous le regard de Dieu. Dans d'autres civilisations on trouvera d'autres mots, qui désignent toujours la même chose : ubuntu en bantou, hozho pour les Navajos ou whakapapa pour les Maoris.
Dans la philosophie de la justice restaurative, lorsqu'il y a eu infraction, il faut réfléchir dans ce cadre-là et se poser la question "et maintenant, on vit comment ?" Non seulement la victime, mais aussi celui qui a causé le tort, et la communauté tout entière. Disons tout de suite que cette perspective a été utilisée en Afrique du Sud et au Rwanda pour permettre de surmonter les traumatismes pour vivre à nouveau ensemble, en mettant en place des possiblité de rencontre, pour dire la faute, réparer lorsque c'est possible, prendre des engagements en commun pour affronter l'avenir. Ca ne répare pas l'irréparable, mais ça donne une chance à l'espérance. Et ça marche.
Il existe des outils qui permettent de mettre en oeuvre ces principes. Il s'agit notamment de permettre à chacun de dire ce qui s'est passé pour lui, pour elle. En effet, bien souvent dans nos tribunaux, ce sont les avocats et les juges qui causent... mais il est rare qu'une parole de vérité puisse émerger et venir poser des mots pour chacun sur ce qui s'est passé. Or c'est essentiel. Pour recommencer à vivre. Pour pouvoir dire "je suis coupable de ça" ; pour pouvoir dire "j'ai souffert de ça". Pour qu'une communauté (les proches, les gens du quartier, la famille élargie, etc.) puisse prendre acte de ce qui s'est passé et soutenir la victime comme l'infracteur pour revenir à une vie acceptable, il faut que ça soit dit. Et que chacun sache, ensuite, les étapes qui mèneront à la possibilité, peut-être, de revivre en harmonie autant qu'il est possible. 
Lorsque la justice "rétributive" s'intéresse à la culpabilité de l'infracteur, la justice "restaurative" s'intéresse aux besoins de chacun (victime, infracteur, communauté) et aux obligations qui en découlent. Lorsque la justice rétributive se préoccupe de la sanction, la justice restaurative recherche la réparation (de la faute lorsque c'est possible, mais surtout des liens humains). Lorsque la justice rétributive réfléchit en termes de torts faits à la société, la justice restaurative parle de torts commis envers les autres et envers soi-même. 
Est-ce à dire que la justice restaurative est amenée à remplacer la justice rétributive et qu'un beau jour nos prisons seront vides ? Non sans doute. Ce sont deux modèles différents, mais ils sont sans doute complémentaires. 
Quoi qu'il en soit, il y a tout à gagner à repenser notre conception de la justice en mettant au centre le respect de la personne. Après tout, nous sommes bien là pour témoigner de ce que ce respect est inconditionnel de la part de Dieu. Ca s'appelle la grâce. Et ça signifie que personne n'est enfermé pour toujours dans la fatalité : la grâce, ça rend libre. En prison comme ailleurs. 

samedi 12 mai 2012

La limite

On me demandait récemment comment je comprenais la difficulté qu'il y avait à accompagner, en tant que pasteur, des gens en situation difficile, parce que dans leur vie il se produit une rupture et que dans certains de ces cas, c'est au pasteur qu'on fait appel. Comment peut-on supporter ça, en tant que pasteur, qu'écoutant ? Il me semble que c'est une question tout à fait centrale... Elle est d'autant plus centrale quand on s'interroge sur un ministère éventuel et qu'on se questionne sur ses propres capacités à le remplir...
Se mettre à l'épreuve de l'écoute de l'autre c'est toujours difficile, c'est toujours un risque, au fond. Se mettre à l'épreuve de l'écoute de l'autre qui souffre, c'est encore bien plus difficile... parce que ça renvoie celui ou celle qui écoute à sa finitude, à ses propres angoisses, à son histoire - mais surtout à sa propre impuissance. Parfois, souvent, presque toujours peut-être, en situation d'écoute de l'autre, je ne peux tout simplement rien pour lui, pour elle. Il y a là une limite infranchissable, quelque chose d'impossible qui limite, qui vient à rebours de mon désir d'aider, de réparer l'autre, de faire que pour lui, pour elle, tout redevienne vivable. 
Cette limite nous est insupportable, parce que les humains ont une propension certaine à vouloir se croire tout-puissants et à croire que leur finitude n'est pas irrémédiable. La science vit souvent de cet horizon-là, peut-être. 
Pourtant, cette limite est aussi salutaire. Parce que prendre acte du fait qu'elle est là, qu'il y a de l'impossible, du radicalement hors de notre portée et insoluble par nous, ça pose clairement notre rôle. Je peux renoncer à la culpabilité rampante qui ne cesse de dire "tu aurais pu faire quelque chose". Non, je n'aurais pas pu, et c'est comme ça. Je peux aussi revenir à ma juste place d'être humain qui écoute un autre être humain. En vertu de notre commune humanité. Je peux enfin remettre à un Autre tout ce que nous les humains nous n'avons pas le pouvoir de faire, et simplement laisser passer dans les mots, les mots écoutés et les mots parlés, quelque chose de cette altérité.
Finalement, cette question difficile m'a permis de cheminer sur la question de l'écoute, de l'accompagnement pastoral, du ministère tout entier. Cette limite-là, au coeur de l'écoute, elle est finalement salutaire. Et peut-être bien même à tous les sens du terme...
PRG

dimanche 6 mai 2012

Service protestant



Le dimanche matin, de 8h30 à 9h, vous pouvez suivre un culte protestant sur France Culture... dimanche après dimanche, les pasteurs se succèdent pour partager avec nous un petit déjeuner "autrement nourrissant" !

lundi 30 avril 2012

La Force d’être debout



Vendredi, nous avons reçu en cours de théologie pratique le Directeur général de la Fondation John Bost, oeuvre médico-sociale pour personnes polyhandicapées, et malades mentaux. Cette fondation fut créée par un pasteur protestant, John Bost, qui déclarait « Ceux que tous repoussent, je les accueillerai au nom du Maître ». Cette fondation s’occupe donc de la prise en charge de ces personnes, avec la perspective qu’un mieux est toujours possible pour quiconque. En effet, chacun a une valeur, un don à apporter aux autres, et peut recevoir de l’autre. C’est donc avec un objectif d’espérance que sont accueillis les résidents. Une des spécificités de ce lieu est qu’il se trouve dans un immense parc intégré un village de La Force, en Dordogne (un signe ?) où il n’y a ni clôtures, ni barrières. Ainsi, John Bost, son fondateur, voulait que des « fleurs soient mises sur le chemin. » C’est donc le cas, au sens propre. La totale liberté de circulation des résidents est donc preuve que l’on peut avoir confiance en eux et que la rencontre et l’échange sont les facteurs clés dans cet institut. Premier employeur du département de la Dordogne, la Fondation John Bost accueille plus de 1000 résidents et près de 1400 salariés. Une autre spécificité, et c’était le thème plus spécifique de notre cours, est que cette Fondation joue un rôle très important dans le témoignage évangélique et la vie spirituelle des résidents avec de la catéchèse, des temps de partage biblique, un accompagnement des familles, et des cultes célébrés tous les dimanches. Trois aumôniers protestants à plein temps sont employés par la fondation, de même que le directeur qui est pasteur, comme le veut la tradition depuis la création de la fondation. Nous y voyons donc un autre versant de la diaconie : accueillir son prochain, tel qu’il est, étant convaincu que nous pouvons recevoir de lui. Au-delà d’une aide strictement médicale et physique, la Fondation se veut avant tout une institution ouverte sur l’humain en privilégiant l’écoute, le dialogue, l’échange, la convivialité.

Prendre soin de notre prochain et le considérer comme un frère, n’est-ce pas un des principes même de l’Evangile ? Qui que nous soyons, nous avons de la valeur aux yeux de Dieu. Qui que nous soyons, Dieu nous aime. Qui que nous soyons, nous sommes Un en Christ. Pour comprendre et se faire une idée de la vie à la Fondation, nous avons regardé un film de présentation. J’ai été très ému, lorsque j’ai entendu chanter par plusieurs résidents ce magnifique chant d’Hugues Auffray qui me rappelait des souvenirs « Allez, Allez, mon troupeau ». J’ai pensé que les résidents étaient comme un troupeau, non un troupeau de stupides moutons se suivant naïvement, mais plutôt un troupeau dont le Seigneur est le Berger est d’où ils ne manqueront de rien. La quatrième strophe de ce chant et son refrain disent :          

« Ce soir, la lune est belle
 Le printemps n’est pas loin
Fleuriront sur les guerresLes roses de la paix
Puisque nous serons frères
Dans ce monde nouveau
Allez, allez
Allez, allez mon troupeau

Allez, allez

Nous arriverons bientôt. »         

Où vont-ils et où arriveront-ils ? Peu importe. L’essentiel est que ce troupeau avance dans l’espérance, et dans la certitude qu’ils y vont ensemble, de manière unie, fraternelle et solidaire. Une belle leçon de vie !        
Simon

vendredi 27 avril 2012

Jardin 4-dimensions


Cette semaine, pendant le cours d'histoire, nous nous sommes trouvés en face d'un enseignant de l'Ecole nationale supérieure de l'Architecture à Versailles et de la Faculté des Lettres et Sciences humaines de Mulhouse. Ce n'est pas habituel pour les théologiens in spe que nous sommes. Bien que, après le cours, j'aie compris que même l'architecture peut avoir sa place dans un cursus de théologie et que cette discipline peut ainsi se placer dans la longue liste des champs de recherche qui apportent à la réflexion théologique.

Les dimensions du jardin, surtout pendant la Renaissance, forment le thème du cours. Pendant un petit rappel historique il nous est mentionné qu'au Moyen-Âge le jardin avait surtout une dimension fonctionnelle ainsi que - et voilà qu'on voit apparaître le lien avec la théologie - spirituelle. Par contre, les jardins pendant l'époque de la Renaissance étaient conçus comme œuvres d'art ; ils ont perdu leur dimension spirituelle. Pourtant, le savant, écrivain, potier et peintre Bernard Palissy (1510- ~1590) a décrit dans son traité Recette véritable le concept d'un jardin avec dimension spirituelle.
A l'époque, plusieurs concepts sur la manière de faire un jardin se nourrissaient du jardin d'Eden. L'originalité de Palissy est qu'il se base sur le psaume 104, qui bénit le Créateur pour toutes ses œuvres magnifiques qui sont décrites poétiquement. Ces réflexions résultent en un jardin de 4 carrés similaires, avec des bâtiments au milieu et à chaque extrémité ayant des textes bibliques gravés sur les frises et tympans. Ce jardin fait, de loin, également penser à la Nouvelle Jérusalem. Ainsi, un concept d'un jardin peut avoir des bases et des échos qui recouvrent tous les lieux théologiques.

Ces concepts qui mettent en avant différentes dimensions du jardin m'ont fait faire un tour des dimensions que peuvent avoir le magnifique jardin de notre faculté. Tout d'abord, il a, certes, une dimension fonctionnelle, comme au Moyen-Âge, avec un figuier et du thym. Il possède également une dimension esthétique, avec tant d'arbres et de plantes différentes qui changent avec leur fleuraison chaque saison son apparence. Une dimension d'art n'est pas absente non plus. N'y a-t-il pas un cercle de verdure - forme du jardin idéale selon l'un des concepts à l'époque de la Renaissance -, avec juste au milieu une fontaine ? Cette fontaine pourrait en même temps faire l'objet de l'intégration d'une dimension spirituelle. Certes, un certain nombre d'étudiants s'est déjà assis sur son bord pour entonner des cantiques. Mais, au-delà de ça, elle pourrait inviter à une méditation à partir du texte de l’Évangile de Jean 4. Dans ce chapitre Jésus est assis au bord de la source, près des champs de Jacob. Avec la Samaritaine qui vient puiser de l'eau il échange sur l'eau vive que Dieu donne et qui deviendra « une source d'eau vive qui jaillira pour la vie éternelle ». Avec ce texte en tête, un passage auprès de la fontaine inciterait la réflexion sur 'l'eau' qui nous fait vivre (à condition qu'il y ait de l'eau dans la fontaine, mais, faute d'eau, les poissons d'avril n'y ont pas encore trouvé leur place...).
Les jardins plein de dimensions n'appartiennent donc pas qu'au passé. Il suffit d'un cours d'histoire pour les découvrir près de chez soi.

MV