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vendredi 17 mai 2013

Bienheureux !

Bienheureux ceux qui savent rire d'eux-mêmes :
     ils n'ont pas fini de s'amuser.
Bienheureux ceux qui savent distinguer
     une montagne d'une taupinière :
     il leur sera épargné bien des tracas.
Bienheureux ceux qui sont capables de se reposer,
et de dormir sans chercher d'excuses :
     ils deviendront sages !
Bienheureux ceux qui savent se taire et écouter :
    ils en apprendront des choses nouvelles.
Bienheureux ceux qui sont assez intelligents
pour ne pas se prendre au sérieux :
    ils seront appréciés de leur entourage.
Bienheureux ceux qui sont attentifs à l'appel des autres,
sans toutefois se sentir indispensables :
    ils seront semeurs de joie.
Bienheureux êtes-vous si vous savez
regarder sérieusement les petites choses
et paisiblement les choses sérieuses :
     vous irez loin dans la vie.
Bienheureux êtes-vous si vous savez admirer un sourire
et oublier une grimace :
     votre route sera ensoleillée.
Bienheureux êtes-vous si vous êtes capables
de toujours interpréter avec bienveillance les attitudes d'autrui,
même si les apparences sont contraires :
     vous passerez pour des naïfs, mais l'Amour est à ce prix.
Bienheureux ceux qui pensent avant d'agir
et qui prient avant de penser :
     ils éviteront des bêtises.
Bienheureux surtout,
vous qui savez reconnaître le Seigneur
en tous ceux que vous rencontrez :
     vous avez trouvé la Lumière vraie
     et la véritable sagesse.

(Texte issu d'un recueil liturgique de la région CAR)

lundi 7 janvier 2013

Vocation, de la joie à la vie

Le séminaire de Master qui réunissait des étudiants de Suisse, de Paris et de Montpellier à l'IPT de Paris s'est terminé, la fin du monde n'a pas eu lieu et l'année nouvelle est apparue. Les vacances ont pris le relais de la réflexion sur la vocation et ces vacances à leur tour se terminent. Occasion pour moi de revenir brièvement sur le sujet de la vocation, qui occupe un certain nombre de théologiens, notamment ceux qui s'interrogent sur la leur, de vocation... 
Peut-être, au fond, que la seule question qu'il soit utile et nécessaire de se poser, c'est : "Est-ce que la Parole de Dieu peut passer par moi ?" Non pas "en suis-je digne" mais "Dieu peut-il agir ainsi ?" Si quelque chose risque de mettre un obstacle tel à la Parole de Dieu que celle-ci ne puisse plus être audible, alors la vocation sera un échec. Mais si rien d'autre que la nature humaine, sa fragilité, sa faiblesse, ne se présente comme un obstacle possible, alors la vocation peut prendre racine. On ne parle pas ici d'être "digne" du ministère. En effet, identifier la personne et la fonction du ministre, c'est s'exposer à retomber dans les travers du donatisme : rechercher d'abord et avant tout la pureté des ministres c'est renoncer à la théologie de la grâce. Nous avons à annoncer que le Christ justifie tous ceux qui croient, pourquoi cela devrait-il passer par une exigence, pour nous-mêmes qui nous interrogeons sur notre vocation, de pureté morale ? Ce n'est pas là qu'agit la grâce. La grâce n'agit pas par fonction. L'Esprit souffle où il veut. 
L'introspection, l'examen de conscience, peut-il donner une quelconque assurance au ministre impétrant ? Je ne crois pas que ce soit là que se joue vraiment la vocation. Paul, avec son épine dans la chair, n'en avait pas moins la certitude d'être apôtre. Cette blessure qui revenait, s'imposait, sans qu'il puisse la contrôler en rien, n'empêchait pas la Parole de passer par lui. La bénédiction de Dieu, la grâce donnée et reçue librement, voilà ce qui lui permettait d'agir en chrétien et en apôtre : ce ne furent ni la guérison ni la certitude d'être juste par lui-même.
Il me semble d'ailleurs que dans l'examen d'une expérience aussi subjective que l'appel reçu, on ne peut guère se passer de la notion d'inconscient. Ce qui est vécu comme venant d'ailleurs et qui pourtant fait vivre et met en route, joyeusement, sans qu'on puisse le contrôler, ça ne peut relever que de l'insu. On ne met jamais précisément le doigt sur le "pourquoi" on est appelé. On peut penser avoir les qualités nécessaires, les compétences utiles, mais ça ne donne pas la joie profonde qui vient avec ce qui fait réellement vivre. L'inconscient, c'est le coeur d'une anthropologie qui décale l'être humain de son propre centre, qui lui reste toujours inaccessible. On peut le voir comme une menace (se sentir mis en route par ce qui ne nous est pas connu, au plus intime de notre être, peut être ressenti comme une perte de contrôle effrayante) ou comme une chance extraordinaire (l'abandon à la confiance). Je crois que sans une véritable réflexion sur les fondements inconscients de la vocation, on passe à côté du problème. Il ne s'agit pas d'introspection et d'auto-analyse. Il s'agit de la certitude que l'essentiel nous échappe, que nous ne sommes pas au fondement de nous-mêmes. Et que c'est bien ça qui fait vivre.
Heureusement, la fatale introspection qui condamne celui qui se pense appelé mais refuse, ne se sentant pas digne, cette introspection n'est pas le coeur du choix. Ce qui fera vraiment la différence, c'est le discernement de l'Eglise, qui affirmera qu'une vocation est reconnue par une communauté humaine. C'est la vocation externe chez Calvin, médiate dirait Luther : d'autres que lui-même pourront confirmer au futur ministre que rien ne s'oppose à ce que la Parole de Dieu puisse passer par lui. Ca ne garantit rien. Ca ne fait pas agir la grâce. Mais ça permet au ministre de partir, joyeux et confiant, sur les routes que trace la grâce déjà venue et à venir !
PRG

jeudi 20 décembre 2012

Synthèse



Ce matin, nous avons fait ensemble la synthèse du séminaire sur la vocation qui nous a occupés ces quatre derniers jours à Paris. Nous avions à notre disposition une liste de questions proposées par nos professeurs, libre à chacun des groupes de traiter une de ces questions en profondeur.
Première question, « quel changement dans votre vie est provoqué par l’appel de Dieu en Jésus-Christ ? », selon la formulation barthienne. Un groupe s’est attaqué à cette question, pour dire que le changement, c’est d’abord de reconnaître la vocation. Pour le petit Samuel par exemple, il y a une question de temps : ça prend du temps de la reconnaître, de la comprendre. Ensuite, il s’agit d’en rendre compte, pour soi, mais aussi autour de soi, car cette vocation change ce qu’on a été jusque-là. C’est une prise de risque que de rendre compte de cet appel. La vocation, c’est finalement prendre conscience de façon forte de l’amour de Dieu pour soi, et de cette prise de conscience découle un engagement, celui d’être témoin. En quelque sorte, on reconnaît la vocation chrétienne à ce qu’elle change l’homme en témoin, elle l’engage tout entier, et toujours.
Deuxième question : « la vocation est-elle appel de Dieu ou réponse à Dieu ? ». Deux groupes ont répondu à cette question. Pour le premier, si nous croyons à un Dieu vivant, alors la vocation est un appel auquel il s’agit de répondre. Prudence cependant, car la psychologie a montré qu’on pense faire des choix de façon rationnelle, alors que la plupart du temps, nous inventons après coup des raisons qui auraient motivé nos choix. Ce qui motive profondément un choix, c’est soi en fonction d’un futur qu’on imagine, soit en fonction d’une loi qu’on se donne. Là, le problème est qu’il s’agit d’une affaire de foi, et tout l’enjeu pour la dogmatique chrétienne est bien de penser un Dieu vivant de façon systématique. Pour le deuxième groupe, il y a une vocation à la vie qui précède toute autre vocation : l’être humain qui vient au monde a une vocation à vivre. Quant aux autres vocations, comment savoir qu’elles sont adressées par Dieu ? Comment faire avec l’incarnation, qui impose de penser que nous ne pouvons penser cet appel que dans des catégories contextuelles ? Le bourreau du Moyen-Âge pensait lui aussi répondre à une vocation en exécutant la justice. En revenant aux textes bibliques, notamment l’envoi des disciples (Mc 6 par exemple), on note que si l’appel à la suivance est adressée à des individus uniques, l’envoi est un appel qui pousse vers l’ailleurs en vue de guérir et de proclamer, en communauté (ils ne sont pas envoyés un par un mais deux par deux : on ne vit pas sa vocation seul), sans compter sur ses propres forces mais en se risquant toujours. Notons d’ailleurs que les disciples y comprennent rarement grand-chose, qu’ils sont la plupart du temps évangélisés plutôt qu’évangélisants, et que si nous pouvons avoir une certitude d’après les textes bibliques, c’est qu’en tant que disciples on a toutes les chances de se tromper à la fois sur celui qui envoie, sur le contenu de l’envoi et sur les véritables raisons qui nous font partir !
Troisième question : « quelqu’un vous demande ce que vous pensez du fait que, chrétien, il travaille dans une société qui fabrique des armes ; que faites-vous en ce cas avec l’interprétation luthérienne Beruf-Berufung ? » Rappelons que pour Luther, le métier (Beruf) est une réponse valable à la vocation (Berufung). Le premier groupe qui a traité cette question a rappelé que dans notre monde actuel, la conception que Luther se faisait du travail ne pouvait plus avoir cours : dans un monde où règne la précarité et le chômage, il est impossible de vivre une vocation dans le travail, puisque cette vocation supposerait la liberté de créer. Le travail n’est plus quelque chose qu’on puisse considérer comme créateur dans un monde créé. La tâche des Églises serait alors d’apporter une spiritualité à notre monde et de réveiller les consciences anesthésiées. Le deuxième groupe a souligné que la question de savoir si tout travail était acceptable pour un chrétien est une question éthique pour laquelle on ne peut poser de normes. La clé de la réflexion se situerait alors du côté d’une interrogation sur la finalité du travail : cette finalité risque-t-elle d’être pervertie ?
Quatrième question : « comment reconnaître la vocation ? » Elle a éveillé beaucoup d’espoirs parmi les participants, espérant enfin une réponse claire ! Mais c’est une problématisation qui seule est possible. Il s’agit de savoir si la vocation interne peut être reconnue extérieurement par des critères objectivants. Le récit de soi permet de réfléchir à la vocation interne. Un autre critère, celui de la capacité, peut permettre de trancher. D’où la question des mœurs du ministre : les pasteurs doivent-ils être des modèles, des exemples ? Cela ne risque-t-il pas d’enfermer le pasteur dans un rôle qui le coupe d’une humanité « ordinaire » ? Quelles sont, au fond, les qualités indispensables ?
Cinquième question : « la vocation pastorale est-elle spécifique ou comprise dans la vocation chrétienne ? » Dans ce groupe, deux tendances se sont dégagées. Les uns posaient que le pasteur était un être à part, puisqu’il était appelé par l’Eglise, elle-même missionnée par l’Esprit, à administrer les sacrements : il faut donner du poids à une fonction telle. Les autres se refusaient à donner autant de poids à la vocation ministérielle, source d’un risque d’abus de pouvoir mettant en danger la reconnaissance de la vocation spécifique de chacun. Le pasteur est-il une figure d’autorité propre à maintenir l’ordre d’une communauté donné, ou n’a-t-il d’autre rôle que l’édification sans souci de diriger ?
On le voit, les polarités se sont dessinées, selon les origines ecclésiales, les tendances théologiques, les parcours personnels de chacun. Ces quelques jours ont permis, sinon de trouver des réponses, du moins de constater qu’en matière de vocation, nous sommes toujours en quête de sens. Peut-être faut-il surtout ne jamais oublier qu’un appel est lancé et qu’oublier la source de l’appel, c’est vouloir se faire propriétaire de sa vocation, oublier la source du don premier de la grâce. L’horizon se dessinerait alors du côté d’un impératif paradoxal : toujours attendre l’inattendu ! C’est dans ce clair-obscur que l’appel de Dieu, encore et toujours, est lancé et sera entendu, parfois, comme une vocation...
PRG

mercredi 19 décembre 2012

En quel état...

L'intervenant de ce matin nous rappelait que la théologie chrétienne tentait depuis des siècles de réconcilier cet héritage du droit romain qu'est le concept d'états avec des arguments bibliques. Au coeur de ce débat : les états relèvent-ils de l'ordre de la création ou d'autre chose ? Il y avait dans la société romaine trois types d'état : homme libre/esclave, homme marié/femmes et enfants, magistrat/simple citoyen. Chacun de ces états représentait un engagement particulier. 
Articuler une idée de ces états et les données scripturaires, c'est poser la question de la vocation générale et de la vocation particulière. Un exemple avec 1 Co 7,17-24 que la théologie scholastique a compris comme une allusion à la catégorie romaine des états, chaque état étant voulu par la providence et traduisant un engagement stable vis-à-vis, non pas de la société, mais de Dieu. Ce n'est pas une question de salut (un état donné ne garantit pas le salut en soi), mais une question d'ordre puisqu'il existe une hiérarchie entre les différents états, le clerc se trouvant tout en haut. 
Luther a remis en cause la conception médiévale de la vocation qui découlait de cette interprétation, dans le contexte d'une double polémique, contre les moines d'une part, contre la Réforme radicale d'autre part. Il visait les moines qui se prévalaient de leur statut pour en faire une garantie de salut, ce qu'il dénonçait comme une auto-justification. Il visait aussi ceux qui voulaient conduire la Réforme vers une perfection évangélique entraînant la modification des relations sociales. Il ne renonce donc pas à l'idée d'états pour structurer la vocation, mais il dissocie ceux-ci de celle-là. Dans son commentaire au passage cité, Luther précise que seule la liberté intérieure de la foi compte, rien ne sert de changer d'état. Aussi, on peut être charcutier et vivre une vocation dans cet état, ça ne changera rien au salut. 
Chez Calvin, la vocation est une manière particulière de répondre, par sa manière de vivre, au don de la grâce. Pour lui, c'est en vivant le commandement de Dieu (la loi) que l'être humain trouve sa vocation et c'est ainsi qu'il lui faut dresser sa vie pour qu'elle corresponde à la volonté de Dieu. La vocation est donc le lieu où apprendre la docilité. La loi recommande d'aimer Dieu et le prochain ; si une nouvelle vocation permet de mieux accomplir ce commandement, alors on peut changer de vocation. Calvin a une conception élevée du ministère pastoral. Si la vocation interne reste secrète, la vocation externe est examinée par l'Eglise qui juge de deux types d'aptitudes : les connaissances et la vertu. Ces aptitudes sont des préparations à la vie pastorale, car c'est Dieu qui fournira lui-même au pasteur les armes nécessaires à l'exercice de sa fonction. 
Pour résumer avec l'intervenant, quatre critères se sont imposés après la Réforme pour juger d'une vocation -- et il nous rappelait que ces critères sont utilisés par la commission des ministères à laquelle lui-même appartient. Le désir d'abord, qui permet à la personne de se poser la question de savoir quelle personne il ou elle veut devenir face à la loi de Dieu, pour réaliser sa volonté ; c'est de l'ordre du secret parce que Dieu seul est juge de la conscience des humains. La capacité ensuite, car il s'agit d'être apte à faire ce qu'on désire devenir : c'est aussi la capacité à vivre ce qu'on croit être vrai. L'utilité est également un critère : il doit y avoir correspondance avec ce dont l'Eglise a besoin (chez Calvin, s'il y a un seul ministère, celui de l'annonce de la Parole, celui-ci prend différentes formes). Le quatrième critère, c'est la reconnaissance par les autres ; d'ailleurs après Calvin, les autres c'était le peuple, les paroissiens : ce sont eux qui élisaient directement leurs pasteurs. Si ces quatre critères sont réunis, alors la vocation est confirmée comme étant bien l'appel de Dieu. Il y a donc un équilibre à trouver entre ces quatre aspect. 
Cet après-midi, après avoir exploré la théologie de la vocation, nous abordions la vocation de la théologie. Si la vocation de la théologie est quadruple (ecclésiale, scientifique, missionnaire et civique), comment envisager un modèle formel qui permette à la théologie de contribuer au débat public tout en étant fidèle à sa vocation ecclésiale, scientifique et missionnaire ? Nous avons réfléchi à une vocation de la théologie qui tiendrait à construire avec les autres communautés morales (au sens politique du terme) un socle commun de valeurs permettant un vivre-ensemble dans une communauté donnée, sur le modèle par exemple du Canada (avec la théorie des accommodements raisonnables). Contribuer à la fois au bien commun, à la construction d'une pensée critique et scientifique dans et hors l'Eglise et viser à répandre le message chrétien, serait-ce là la vocation à multiples facettes de la théologie ? 
Demain, nous concluerons ces journées très riches de débats et de discussions, riches nous-mêmes d'approches que nous n'avions pas jusqu'ici formalisées. Car une des vocations de la théologie, ça doit bien être, en effet, d'armer les théologiens en général mais aussi les futurs ministres pour la pensée...
PRG

mardi 18 décembre 2012

Stéréotypes

Devant l'amphi de l'IPT Paris, de l'autre côté du mur, flotte un inattendu drapeau tricolore. Comme un petit coup d'oeil de la société qui viendrait faire traîner un oeil discret sur nos débats de théologiens. 
La vocation, donc. On ne la choisit pas, on y consent ; pour le dire autrement, on ne se choisit pas soi-même. Du coup, entre appelé(e) et appelant, il y a relation, d'où naît un désir. Ce qui compte est moins l'appel en lui-même que le fait d'être appelé, toujours, et de désirer l'être, encore et toujours. 
En faisant dialoguer Barth et Vinet, ce matin, nous avons tenté de dégager des stéréotypes à propos de la vocation pour savoir s'il était possible de les dépasser. Le premier des stéréotypes identifiés, c'était de dire que la vocation est uniquement vocation à un ministère, en oubliant que la première vocation est la vocation chrétienne : il ne s'agit pas d'abord d'exercer une fonction dans l'Eglise, mais d'être appelé à la vie et au salut. La vocation première, pour le dire comme Barth, c'est l'existence du chrétien, tout simplement. 
Deuxième stéréotype : le fait qu'on ne soit appelé qu'une fois pour toutes. Pour Barth toujours, il faut penser à la fois la vocatio unica et la vocation continua. C'est l'acte de la vocation qui fait le chrétien (autrement dit, on ne naît pas chrétien, on le devient). Comme le dit Vinet, "dans un sens on n’est appelé qu’une fois comme on n’est converti qu’une fois ; dans un autre sens, on est appelé et converti tous les jours". Dans les textes bibliques (Rm 13,11 et Ep 5,14), le réveil concerne des chrétiens, déjà appelés. Barth insiste : « Ce qui fait de quelqu’un un chrétien, c’est que celui qui l’a appelé une fois ne s’en tient pas là, mais que, lui qui est fidèle, l’appelle encore et toujours à nouveau – et à chaque fois avec la même puissance, la même rigueur et la même bonté que la première fois. » 
Troisième stéréotype : il y aurait des signes objectifs permettant de garantir qu'on est bien appelé et sur lesquels on pourrait se fonder. Comment reconnaître une vocation ? Pour Vinet, ça tient de l'ordre du désir, mais ça peut être équivoque : on peut souhaiter un état respectable. Il y a un clair-obscur de la vocation. Le protestantisme se débat désespérément avec cette confirmation (de la vocation, de l'élection, du salut). On peut, par contre, douter de sa vocation si la reconnaissance ecclésiale n'est pas là. Mais là encore, ça reste équivoque : la question que tendraient à poser les commissions des ministères "es-tu celui qui devait venir ?" pourrait s'entendre comme désignant un nouveau Christ ! Là encore, le discernement est complexe.
Quatrième stéréotype : la vocation ne serait plus attrayante aujourd'hui. Or, Barth le rappelle, tout chrétien est un "témoin harcelé", qui doit fuir non le monde, mais la mondanité. Hier, la vocation n'était pas plus simple qu'aujourd'hui...
Cinquième stéréotype : la vocation serait une fin en soi. La vocation, qu'elle soit universelle ou singulière, oriente vers un service, service de Dieu et du prochain. Vinet va jusqu'à dire que c'est, pour le ministre, une vie de dévouement total qui inclut même sa famille. La vocation est un point de départ, jamais un aboutissement.
Pour faire face à chacun de ces stéréotypes, il faudrait toujours se souvenir que toute vocation implique le désir (désir du sujet, de l'Eglise, de la communauté), sans jamais perdre de vue le "pas encore" de toute théologie chrétienne, dans toute la fragilité humaine.
PRG

lundi 17 décembre 2012

Veau carré ?

La vocation, c'est quoi ? Les étudiants en Master sont en ce moment à Paris pour une session interfacultaire, pour se poser précisément cette question. Il y a la vocation universelle d'abord, celle qui fait de chaque chrétien un témoin de l'amour de Dieu, de sa Parole et du salut offert par grâce. Cette vocation découle d'un appel irrévocable. On pourrait dire de cette vocation-là qu'elle est vocation à servir Dieu en servant le prochain. 
Mais l'autre, la vocation personnelle qui appelle quelques-uns, à laquelle quelques-uns répondent, qu'est-ce que c'est ? D'ailleurs, qui appelle ? Comment être sûr qu'il s'agit bien de Dieu et non pas des rêves du sujet lui-même ? Luther disait que la vocation immédiate envoyée aux prophètes sous forme d'une voix péremptoire qu'on ne peut pas faire semblant de ne pas entendre (encore qu'ils aient à peu près tous essayé de l'ignorer), cette vocation-là n'avait plus cours de nos jours (et il disait ça il y a déjà un moment). Mais il y a bien une médiation dans l'appel : ça ne se fait pas hors du langage humain. Langage, altérité : la vocation vient d'ailleurs, forcément, mais comment ? et pourquoi ? et pour quoi ?
Quand on aborde la question de la théologie des ministères, la question s'éclaire et s'opacifie en même temps. Pourquoi en effet des gens sont-ils dans une position particulière dans l'Eglise, quel est leur rôle exactement, et comment s'est combiné pour eux cet attelage étrange entre vocation interne et vocation externe ? 
Au fond, on ne peut que revenir toujours à ça : la vocation nous échappe. Le fondement en est hors de nous. Toute la question au cours de ces trois prochains jours sera de comprendre comment en parler malgré tout, et comment on peut légitimement dire "oui, j'ai la vocation". Parce que ça arrive, forcément. A certains. Et certains répondent. Vaste question, donc, dont vous trouverez quelques échos ici même.
PRG

jeudi 1 novembre 2012

Mission

Pour arriver à notre rendez-vous il faut traverser la montagne, à deux pas de la frontière avec la Slovaquie. La forêt est jaune vif et quelques langues de neige lèchent les troncs noirs. Sur une pente, une source jaillit d'un tuyau. Les villages rassemblent quelques maisons aux façades jaune vif, bleu pâle ou gris, les jardins sont soignés et encore pleins de fleurs. Le long des routes, on vend des chrysantèmes, Toussaint oblige, et aux abords des cimetières les voitures s'agglutinent (on voit une vieille Traban bleu nuit au passage, à la joie de notre conductrice, elles sont devenues rares). 
En arrivant, on traverse un premier village dont la population est majoritairement gitane (on n'utilise guère ce mot ici car il est péjoratif, mais mes hôtes travaillent avec les gitans et usent de la même appellation qu'eux). Les maisons sont délabrées, certaines n'ont presque plus de toit, les fenêtres sont cassées. Un garçon emmitouflé sort d'une maison et enlève son bonnet pour mieux nous voir passer. Un peu plus loin, c'est un village plus traditionnel. Nous allons rendre visite au couple de pasteurs qui s'y est installé il y a quelques années. Après leurs études au séminaire de Sarospatak, ils ont passé un an en Suisse puis sont revenus s'installer dans leur région d'origine. Ici, peu de ministres de l'Eglise souhaitent servir une communauté aussi rurale et perdue dans les montagnes, dans la région la plus pauvre de Hongrie. Quand ils sont arrivés, ils ont commencé par remettre en état le presbytère. Pourquoi ? pour pouvoir pratiquer l'hospitalité. Nous retrouvons la femme pasteur dans une ancienne écurie transformée en local de traitement du miel, occupée à verser le précieux liquide doré dans de petites bouteilles destinées à être vendues, surtout à l'étranger. Avec cet argent et une aide financière suisse et néerlandaise, ils parviennent à gérer une petite école. Son mari nous la fait visiter, en l'absence des enfants puisque ce sont les vacances ici aussi, pour une semaine. Les locaux sont neufs, spacieux, colorés, lumineux. Il n'y a que huit à douze enfants par classe pour l'instant mais ce n'est ouvert que depuis la rentrée. Ils espèrent, lentement mais sûrement, arriver à une centaine d'enfants en tout. 
L'Eglise a accepté de s'occuper de cette école en lieu et place de l'Etat, mais les professeurs sont toujours les mêmes. Il a fallu travailler ensemble pour trouver des bases communes, de nouvelles façons de travailler. A présent, les "temps spi" font partie intégrante du temps communautaire. Une particularité de cette école est qu'elle accueille des enfants gitans. Certains parents n'en sont pas ravis, mais ça fait partie de la façon dont les pasteurs souhaitent travailler. Peu à peu, ça semble fonctionner. 
Dans une longue conversation avec eux, j'essaie de comprendre comment ils conçoivent leur ministère. Est-ce que leur formation les a préparés à ce travail ? Elle éclate de rire. Pour commencer dans une telle communauté, il faut savoir abattre un arbre et refaire un toit ! C'est ainsi qu'ils ont gagné la confiance des membres de la communauté qui sont venus les aider, de façon très concrète. C'est un travail au long terme. A présent, le presbytère est le centre de la vie communautaire. C'est un lieu où chacun est accueilli, autour d'un café, pour parler d'éducation des enfants, se confier, poser des questions sur Dieu. Les enfants comme les adultes se savent toujours bienvenus. D'ailleurs la première chose qu'ils ont construite de leurs mains, c'est un terrain de jeux avec balançoire et planche d'escalade. Le pasteur se met à rire aussi : "vous n'avez pas des étudiants qui aimeraient donner un coup de main ?!" Beaucoup sont venus, quelques semaines à la fois, pour aider à construire de leurs mains les bâtiments, remettre en état des terrains. Quelle meilleure façon d'apprendre, d'ailleurs, qu'une telle immersion à l'école d'une théologie aussi pratique ? Peu à peu, mes interlocuteurs se confient et disent la joie toujours renouvelée d'être au service de la communauté de cette façon. Les raisons théologiques en sont profondes. Ce sont à la fois des praticiens élevés à l'école d'une dure réalité et, fondamentalement, des théologiens. 
A présent, c'est vers la communauté gitane qu'ils se tournent, toujours avec un soutien financier étranger. Nous retournons dans le premier village que nous avons traversé pour aller au centre communautaire, une sorte de maison paroissiale où se trouvent une salle de culte, des salles de jeux pour les enfants, des stocks de produits de première nécessité. Ici aussi, les enfants sont toujours bienvenus. Eux qui ont beaucoup de mal à apprendre à l'école d'Etat, qui n'est pas faite pour eux, parviennent ici, parfois, à lire et à écrire, à partager des activités communautaires. Qu'est-ce qui est si difficile dans le travail avec les gitans ? Est-ce la pauvreté ? Pas nécessairement. C'est plutôt que leur façon de penser est très particulière. Ils vivent dans un éternel présent. On ne possède rien, on ne projette rien sur l'avenir. On utilise ce qui arrive, au jour le jour. Pas d'histoire : la mémoire s'arrête avec la mort des anciens. Pas de futur : la naissance d'un enfant est une joie communautaire pour aujourd'hui, mais l'agriculture n'a aucun sens.  Le nomadisme a été éradiqué par le communisme qui les a forcés à s'installer ; cette ancienne culture du déplacement perpétuel a disparu, ces repères aussi. Comment alors parler d'Evangile ? comment dire ce qui fait bonne nouvelle pour un peuple, pour l'individu, à des gens qui ne pensent pas dans ces catégories ? 
Il n'y a (quasiment) pas de théologiens gitans. La théologie de la libération qui a été développée par les dalits en Inde, par exemple, ne trouve pas d'ancrage ici. Mais, me font remarquer les pasteurs, le peuple gitan est en Hongrie depuis des siècles. Il faut s'adapter à eux. C'est à l'Eglise de trouver des moyens de mener la mission. 
Ils regrettent cependant que le système ecclésial de l'Eglise hongroise ne permette pas de prendre le problème de front. Ils sont l'exception : c'était leur choix personnel que de venir ici, entreprendre ce travail, dans ces conditions et avec ces gens. C'est le résultat d'une conviction profonde, d'une vocation, d'une piété personnelle qui les appellent à ça. Et ils continuent, opiniâtrement, joyeusement. Les difficultés s'amoncellent mais ils les traversent. C'est par ce témoignage de vie, croient-ils, qu'ils peuvent vraiment agir. Le reste est à la grâce de Dieu. 

jeudi 19 juillet 2012

Devenir animateur/trice de groupe biblique


Dans le cadre d'un stage organisé par le Service biblique de la Fédération protestante de France en juillet 2012, une vidéo a été réalisée par notre Benjamin Bories rien qu'à nous, pour Protestants.org. Elle permet de se faire une idée de ce qu'est l'animation biblique. Il s'agissait de travailler en groupe selon une pédagogie active dite de la découverte et du dialogue. Vous pouvez jeter un oeil, par ici... 


mercredi 11 juillet 2012

Dans la rue...

     


C'est pas nous qui sommes à la rue, c'est la rue qui est à nous, chante ce sympathique groupe du même nom, la rue Kétanou...
la rue, lieu de rencontre, encore...
D'une bonne nouvelle? pourquoi pas?
Une Belle Porte, vers dehors.
Tic-Tac.
La rue évoque beaucoup de choses pour nous, nos déplacements quotidiens, nos gestes automatiques et notre démarche de robot pour se rendre, vers quelque part, selon nos agendas, au travail, au tic-tac de nos montres et de nos pas pour courir après le temps, avec lui, de la porte de chez nous, vers la porte d'ailleurs. De porte en porte.
Toc-toc.
Lieu de la misère aussi, lieu de mendicité, que nous ne voyons pas toujours car elle est à côté. A part, à côté de notre itinéraire fixe, et de tous les fixes de notre drogue quotidienne, notre dose des soucis du quotidien et de notre train-train, tram-tram, métro-métro, pas à pas...
 La rue est donc l'espace ou nombreux s'effacent dans la masse ou cherchent, se tracent une place.
Serait-elle aussi lieu d'un appel?
"pssssssssst..." "hep, s'il vous plaît!", "pardon, excusez-moi, je cherche..."
"monsieur!!" "madame" "et toi là!"

Ou encore comme cette rencontre avec Bernard.
"ah toi là! John Lennon! Je t'ai reconnu! Bon, euh, je te déranges pas hein?!  Tu sais moi, j'ai roulé ma bosse."
...
"Et toi, tu fais quoi dans la vie?"
...
"Des études pour faire pasteur, non, mais un truc, un travail quoi? seulement ça!"
...
"Bon, ça te dis qu'on aille boire un coup, non? "
...
" Pasteur, la religion, j'y crois pas ton truc..."
...
"Tu fais ça parce que tu ne sais rien faire d'autre non?"
...
"Ah oui, toi, c'est la religion, tout ça, moi, c'est pas mon truc... il faut voir les guerres, le Liban..."
...
"Non, je t'aime bien, mais j'y crois pas ton truc, mais bon, t'as l'air sympa."
...
"Tu sais, je m'en fous de toutes ces trucs là, les religions, moi j'aime les gens. A quoi ça sert d'être là et de ne pas se voir, chacun de son côté. Je veux juste discuter, rencontrer les gens, et partager ça, parce que ça sert à rien la vie sinon"
...
Alors, bonne nouvelle ou pas?
Aimer les gens et les rencontrer en leur racontant un brin de vie comme Bernard. Mot après mot.
Dans nos peurs de rencontrer l'autre, alors qu'on se barricade plein de retranchements, et que nos questions résonnent par rapport à un autre, Qu'est-ce qu'on va dire? Est-ce que je passe pour un fou, un illuminé, un marginal, à part.
Oui, pourquoi pas... pas à pas.
Pas à pas, mot à mot, simplement rencontrer l'autre, c'est chouette, comme ça, c'est beau, être là!
à côté, à part, pour partager.
Parce qu'on n'est pas là pour être tout seul et qu'on peut continuer à parler malgré tout.
Et même dans la rue.
Là aussi, la rue peut être un endroit de partage, où nos chemins peuvent faire plus que se croiser, un lieu à part.
se déplacer, faire un pas de côté.
Pas à pas.
Est-ce que je dis toujours la même chose, j'écris toujours la même chose, la même chose, la même chose...
Peut-être, mais j'ai la chance de pouvoir le dire! La grâce! Si vous voulez on en parle, à la croisée de chemins.
 Tiens, hé oui, alors c'est vrai , des fois, ça m'arrive de parler religion, après tout, je fais de la théologie. Et oui, il y a des guerres et des guerres de religion. Mais, allez, tiens, parlons de croisade, c'est ce que je choisis finalement! La croisade des chemins, croiser l'autre simplement sans rien imposer, de toute façon, on est là, et peut-être qu'à la croisée des routes, il y a une rencontre. Et une Belle Porte qui s'ouvre, dans la rue avec un regard, un sourire, un mot.


Bonjour, excusez-moi, je t'aime bien!


                                                  tic-tac, toc-toc, note-note... ré-mi

jeudi 14 juin 2012

Vacance... en France... suffragance....

...et pendant ce temps là de l'autre côté du monde,des petits villages et des petites villes d'irréductibles paroissiens résistent encore et toujours sans pasteurs.



"Bonjour je suis le pasteur suffragant de votre paroisse
- ah bonjour monsieur Suffragant.
- euh, en fait suffragant, ça veut dire en gros que je suis le remplaçant du pasteur, je vais rester pendant un mois avec vous.
-ah ce n'est pas votre nom Suffragant?! Bonjour pasteur!
- en fait, je ne suis pas encore pasteur, je suis encore étudiant et puis vous pouvez m'appeler par mon prénom!
- Ah d'accord! Oh tenez voilà mon épouse. Alors, voici ma femme, et tiens, c'est le pasteur!"

Durant ces périodes de vacance sans pasteur, certains étudiants choisissent la possibilité de faire une suffragance au cours de leurs vacances et quoi qu'il arrive et les vaines tentatives de dire qu'ils ne sont pas pasteur, ils le seront toujours pour les uns ou les autres.

Mais quel drôle de mot aussi, suffragant! Une définition du dictionnaire : « Personne qui a droit de suffrage dans une assemblée. Se dit d'un évêque en dépendance canonique d'un archevêque ». Ça nous dit peu de chose pour nous protestants ! C’est dans un extrait de la Discipline de l'Église Réformée de France que l’on a une meilleure idée. « Au service de l'Église Réformée de France, le suffragant participe à "la mission que le Seigneur confie à l'Église universelle, annoncer, servir et vivre l'Évangile auprès de tous les hommes".

Oui avec un mot plus simple, le suffragant est celui qui assure un intérim à un moment où il n'y a pas de pasteurs, soit que le poste soit vacant, le pasteur en vacances, ou encore que le pasteur soit souffrant.
Dès lors on pourrait dire que le suffragant est aussi celui qui maintient le lien… entre les études de théologie et la réalité de l’Église, et entre l’Eglise, le conseil presbytéral, et les paroissiens.
         Car dans ces temps particuliers où les Eglises locales souffrent de l'absence de pasteur, c’est à chacun qu’il est donné de maintenir le lien, d’être relié par ce fil fragile d’une prière adressée à Dieu, et aussi dans nos rencontres quotidiennes, et la rencontre hebdomadaire de la parole de Dieu au centre du culte. 
         Dès lors, il est nécessaire pour les paroisses que plusieurs prédicateurs laïcs puissent prendre le relais pour assurer la présidence des cultes, et des actes pastoraux, baptêmes, mariages, et le plus redouté, les services funèbres.
         Ainsi le suffragant vient aider et prendre la relève un cours moment, pour les cultes et les actes pastoraux mais aussi pour des visites auprès des personnes isolées ou qui le souhaitent, des études bibliques, veillées oecuméniques, animations d'école biblique quand la suffragance est encore à un moment "actif" de l'Eglise, comme au mois de juin.
         Et il m'a même été donné de présenter l'histoire du protestantisme dans une école catholique. 
Tout ça permettant donc de mettre en pratique ce que nous apprenons en Théologie dans tous les domaines, à Montpellier ou en Indonésie pour notre camarade qui m'a amicalement cédé la place de cet intermède sur le blog avant de reprendre ses billets (mais pas encore d'avion!) et le lien avec l'étranger, les autres cultures et les autres réceptions de la théologie à travers le monde.

Et du lien, c’est bien ce dont il s’agit dans la "religion" selon l’étymologie du mot « relier »
Ce n’est donc pas un lien qui doit nous attacher et nous enfermer, mais plutôt une relation qui permet de mieux être connecté avec un Autre. Comme sur Internet, suivre le lien qui nous permet d’ouvrir une nouvelle fenêtre… Lien qui nous ouvre un regard neuf avec lequel on relie et on relit cette Bonne Nouvelle au cœur de nos vies. Et oser à nouveau sortir de nos petits écrans, dépasser la rencontre virtuelle pour ouvrir une fenêtre de notre cœur sur l’autre, et s’en rendre proche dans notre réalité, afin qu’elle résonne de ce lien d’Amour qui nous est donné.

R:D

samedi 26 mai 2012

C'est maintenant !

(Quelque part sur cette photo se trouve notre président Basile, saurez-vous le retrouver ?)

La semaine dernière s'est tenu à Belfort le synode qui inaugurait la vie commune entre l'Eglise réformée de France et l'Eglise évangélique luthérienne de France, au terme d'un long processus, complexe et souvent technique. Aujourd'hui, il nous reste à vivre cette Eglise et à porter au-delà de son seuil ce qui est la Bonne Nouvelle pour nous et pour chacun. Quelle aventure, quelles aventures en perspective !
Nous vous invitons à aller voir le blog consacré à cette union (clic) ; il est très bien fait, plein de photos (notamment celle des 8 nouveaux ministres), de textes, de vidéos, allez donc y butiner !
Ici, nous reproduisons le message du synode, adressé aux paroisses et aux ministres de nos Eglises.


Frères et sœurs.
Nous venons de vivre un temps de grâce. Désormais, une nouvelle page de la vie de nos Eglises ou plutôt : de la vie de notre Eglise – s’ouvre devant nous.
Réunis à Belfort, nos deux synodes ont adopté les textes qui organiseront la vie de l’Eglise protestante unie : Constitution, Statuts, etc. L’objectif fixé par nos synodes réunis à Sochaux en 2007 est donc atteint : l’Eglise protestante unie de France - Communion luthérienne et réformée existera pleinement en 2013 !
Ce pas décisif engage notre avenir commun. Il a été rendu possible par l’inlassable labeur des équipes qui depuis des années ont préparé ces décisions, par l’engagement des assemblées locales et des conseils presbytéraux, par le travail méticuleux des synodes régionaux et de l’Assemblée préparatoire commune. Nous sommes redevables les uns aux autres de cette réussite et nous pouvons mutuellement nous en féliciter.
Mais, ensemble, c’est à Dieu que nous voulons exprimer notre reconnaissance. « Ecoute ! Dieu nous parle... Oui, nous croyons que son Esprit nous conduit dans cette démarche d’hospitalité et de renouvellement. Oui, nous croyons qu’il nous appelle à être des témoins plus audacieux et plus confiants de son Evangile pour le monde. Oui, pour l’union qui se réalise et pour le chemin ainsi ouvert, à lui notre merci !
Dans quelques jours, lorsque les statuts de l’union nationale auront été déposés, l’Eglise protestante unie sera une réalité juridique. A l’automne prochain, les associations cultuelles adopteront leurs nouveaux statuts. En mars, les synodes régionaux éliront les instances régionales et leur délégation au synode national. En mai et juin 2013, nous célébrerons la naissance de l’Eglise protestante unie de France. 
Nous vivons d’une confiance reçue de Dieu, partagée, contagieuse. Cette parole de grâce première et dernière, c’est la bonne nouvelle que nous découvrons au cœur des Ecritures. C’est le message que la Réforme protestante a remis au premier plan. C’est une affirmation d’une pertinence inégalée aujourd’hui. Fondée sur cette confiance, l’Eglise protestante unie de France veut être une Eglise qui atteste de sa foi, une Eglise de témoins, une Eglise confessante.

A Celui qui peut, par la puissance qui agit en nous,
faire infiniment au-delà de ce que nous demandons ou pensons, à lui soit la gloire, dans l’Eglise et en Jésus-Christ, de génération en génération et aux siècles des siècles ! Amen ! (Ephésiens 3, 20-21) 

dimanche 29 avril 2012

vous avez dit Bonne Nouvelle?

Ben afficheLogis Bonne Nouvelle


La fac de théologie, c’est un lieu où l’on prend l’apéro, où l’on mange ensemble… certes ! Bon mais on y étudie aussi. Et on y étudie quoi d’abord? En plus de l’histoire du christianisme, vous avez pu constater une large palette de réflexions, autour de questions éthiques, de l’évolution des dogmes, de théories de la pratique, des explorations des textes jusqu’à ces tentatives de recherche de la forme la plus originelle à travers la critique textuelle et l’étude des variantes dans ces langues anciennes que sont le grec, l’hébreu et pourquoi pas l’ougaritique pour sortir un peu des clous… ce n’est pas canon tout ça ?
Toutefois, non seulement, nous étudions la Bible et ce qui constitue le témoignage chrétien à travers les siècles, mais nous traversons des jardins, découvrons les autres religions pour une « conversation continue » avec elles…
Dès lors, quel est ce noir désir, obscur, étrange, qui a conduit les étudiants ici ? Oh Marlène, ce n’est pas la haine qui nous a amené là, jusqu’en dehors des combats de la vie, d’une activité professionnelle, dans des études  un peu spéciales… non, certes les motivations sont variées,  mais il paraîtrait que, pour certains d'entre nous, c’est l’Evangile qui nous a amenés là… pour devenir pasteur ? Pourquoi pas ?

Mais alors, quelle est cette Bonne Nouvelle ? Une station de métro à Paris… oui, mais à part ça ? Quel est cet Evangile, qui nous dérange et nous bouscule, pour lequel on peut mettre quelques années de côté et se lancer dans des études, et chambouler tout en s’en remettant aux méandres théologiques ?
C’est cette question que je me pose aujourd’hui, que je te pose, et que tu te poses aussi, en voyant ces originaux qui parlent d’un Dieu et d’une bonne nouvelle, qui font de la théologie au lieu de faire des sciences, de l’économie, du droit, l’archi, les beaux arts, des lettres ou que sais-je encore ?… des filières normales, quoi !

Et voici donc quelques réponses, prises sur le vif, comme ça, sans que les étudiants interviewés n’aient trop le temps de réfléchir, parce que le cruel interviewer brûlait d’entendre des réponses parlantes et immédiates, et parce malgré tout, ce message qui se faufile au gré des maelström a encore su se dire.


C’est quoi cette Bonne Nouvelle ? Qu’est-ce qui fait Bonne Nouvelle pour toi ?
     C’est difficile comme question ! Attends, je réfléchis !
                Non ! C’est quoi qui te parle, et qui pourrait parler à d’autres aujourd’hui ?
     Jésus est mort et ressuscité pour nous !
     On peut partager la parole de Dieu, c’est une parole différente, sainte.
     La bonne nouvelle ? J’ai une famille, j’ai une vie.
     On est sauvé par Jésus !
                Et alors ?  Ça ne me parle pas ton truc, pourquoi c’est une bonne nouvelle pour toi ? Et pour moi comment ça peut être une bonne nouvelle ? Moi, c’est bon je suis sauvé, on me dit salut tous les jours !
     Pourquoi ? Chacun peut voir. Le Seigneur t’aime. Dieu peut t’aimer et te connaître, il a un bon plan pour toi. C’est une présence tous les jours, en chacun de nous, tout le temps, il est là. Je le sens, je le sais.
     Il témoigne de sa présence. Même loin, d’autres vivent la même chose que nous autrement, dans la confiance en son amour.
     Qu’est-ce que ça fait pour moi ? Tout… avancer, progresser, se remettre en question et aider les autres.
     Oui, avec Dieu, le Livre, c’est un peu ça, tu viens et tu vois par toi-même, pour toi-même.
     La Bonne Nouvelle, c’est ce qui donne un sens à ta vie. Dieu, je lui parle, je l’engueule, non, mais oui, si, et il me fait voir des trucs. On est des pauvres gens. Notre vie, elle a du sens, elle a du poids. Et c’est ça qui me donne la joie, oui la joie.
     On peut lui remettre un sujet de prière, lui parler.
     Je peux lui demander…  la Bonne Nouvelle nous propose de prier maintenant et de voir, pour nous, par nous-mêmes.
     La Bonne Nouvelle, c’est le contraire de l’enfermement. C’est ce qui fait qu’il y a une sortie possible, même si ça s’oppose parfois à ce qui est bien et légitime.
     Dieu répond, il nous accueille tous, et il nous donne une issue, là où on pensait que ce n’était pas possible, plus possible.
     On est sauvé soi-même, et on est sauvé avec les autres. Il nous aime, chacun(e) de nous, et fort de cet amour, on peut aimer chacun, chacune dans cette rencontre avec le Seigneur.
     Je suis libéré ! En chemin, j’ai un aperçu de ce qui est là. Quelqu’un a frayé le chemin. Jésus, le chemin, la vérité et la vie. Libéré par quoi ?  Par son amour pour moi, c’est évident. La bonne nouvelle, c’est l’Amour de Dieu. Il a envoyé son fils… une présence, un accompagnement, un guide. On a une présence du témoignage de Dieu. Il a un message pour chacun et chacun en tire un message différent.
     On est sauvé de nos fautes, de nos égarements, des occasions de périr. On est aimé d’un amour sans limite. La grâce, c’est vraiment ce qu’il y a d’unique.
     Dieu m’aime tel que je suis. Il m’aime et il m’appelle à aimer les autres, à témoigner de cet amour.
     La bonne nouvelle, c’est ce qui fait sens. L’Evangile ne contient pas toute la bonne nouvelle. C’est une parole qui fait sens, qui met en route, en mouvement. Comme dans une prédication longue, ça peut être juste une chose, un moment. Chaque fois, cette parole permet une dynamique qui met en chemin. C’est une religion de la personne plus que celle du livre. Pour moi, chrétien, sans la Bible, on n’est rien.
     La Bonne Nouvelle, c’est un nom.
     Que ton nom soit sanctifié.
     C’est une bonne nouvelle si tu le reconnais… c’est dans la reconnaissance. Sinon, tu passes peut-être à côté de quelque chose. Ça change toute ma vie. Parce que ma vie n’est pas facile, j’ai de la peine pour vivre. Et quelqu’un me propose de partager sans condition. Quand même c’est une bonne nouvelle pour la vie, non ?

                                                                                PseudoRémi

samedi 17 mars 2012

Pourquoi pas toi ?

Et oui, pourquoi pas ? Il n'est certes pas à exclure totalement que nous ayons tous un grain (grain de blé métaphorique, dans le meilleur des cas) pour nous retrouver ici, mais la question se pose quand même : les études de théologie, pourquoi pas toi ? 
Dans de précédents billets, certains d'entre nous témoignaient de leur parcours, des ruptures et des engagements que représente la décision de suivre des études de théologie. Et pour avoir un certain temps freiné des quatre fers devant l'obstacle, je sais que les cogitations sur le sujet sont parfois compliquées. Pas le bon moment, trop compliqué, trop loin, trop de choses à laisser derrière... on a toutes les meilleures raisons du monde pour ne pas venir ici. Mais les raisons d'y venir... elles sont nombreuses aussi. Déjà, c'est répondre à l'appel d'une curiosité et par principe, tout ce qui pousse à aller de l'avant, dans cette vie, est bon à prendre, quel que soit l'âge qu'on a. Ensuite, c'est accepter de se laisser déplacer dans ses convictions et dans sa foi pour éclairer d'un autre jour ce qu'on croyait savoir. Enfin (mais bien sûr la liste ne s'arrête pas là), c'est l'occasion de la rencontre. Avec un Autre, avec d'autres, avec des gens qu'on n'aurait jamais croisés ailleurs et qui tricotent leur vie avec celle des autres, chacun à sa façon, pour l'ici et maintenant, et pour demain.

Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez aller zieuter le site "pasteur pourquoi pas toi ?" qui contient plusieurs vidéos, dont celle que je vous propose ici et dont le titre est "Les études de théologie". Ca tombe bien. 

lundi 27 février 2012

Le BAFA !

Beaucoup d'étudiants ici se forment à l'animation, au BAFA. Qu'est ce que ce sigle ? Le BAFA signifie Brevet d'Aptitudes aux Fonctions d'Animateur. C'est un diplôme qui est d'ailleurs vivement recommandé par la Commission des Ministères pour les candidats au ministère pastoral.

Avec le BAFA, on apprends beaucoup, avec des alternances entre théorie et mise en situation...
Ceci étant, pour ceux qui passent ou vont passer le BAFA, il y a souvent des questions : avec quel organisme me former ? il vaut mieux que j'exerce en centre de loisir, en colo, en camp ? Avec quel tranche d'âge ? Avec qui, ou, quand, faire le stage pratique ?

Pour aider tous ceux qui se posent ces questions, je propose mes conseils en vous mettant en relation avec mes connaissances et mes contacts : je peux vous conseiller sur la formation, vous recommander des organismes, vous mettre en contact pour les stages pratiques dans les milieux ecclésiaux ou semblables... et répondre à vos questions et vos attentes sur ce thème !

Pour ceux qui sont intéréssés, laissez un commentaire ou contactez-moi par mail ou directement. En fonction de ce qui se présente, je pourrais peut-être organiser une réunion ou autre ! A vous de voir !
Simon

lundi 20 février 2012

L'Urgence et le Temps

J'étais trop bien à l'IPT, ces dernières semaines. En décompression depuis les résultats d'examens. Avec l'envie de profiter du plaisir du cotoiement de chacun. Envie de temps de partage, de détente, de musique...
La réalité m'a secoué de ma dilétence cotonneuse ce mercredi : le gel des installations sanitaires d'un appartement que je loue modestement à une famille marocaine de 6 personnes, m'a obligé à rentrer d'urgence sur la Savoie, histoire de trouver un plombier qui veuille bien rétablir une situation normale.
Peine perdue! Deux jours plus tard, en l'absence de professionnel disponible, je me suis retrouvé jonché à 8 mètres de hauteur, en train de chauffer, sans succès, une canalisation d'eau potable avec une lampe à souder. Du coup, mon locataire m'a passé un savon que je ne suis pas prêt d'oublier : cela faisait cinq jours que lui et sa famille ne pouvait se laver. Cinq jours qu'il ne pouvait faire ses ablutions pour la prière. Et moi, je le priais de m'excuser... promettant une hypothétique intervention d'un ami plombier surbooké. Je lui donnais raison, mais j'étais sans solution.
Et le lendemain...arrivée du plombier qui, voyant l'ampleur de la tâche, me signifie gentillement « qu'il ne peut intervenir sans une nacelle… et encore ! ». En guise de solution, il me tend son chalumeau flambant neuf, au cas où je veuille me confronter au vertige qu'il ne supporte pas. Va pour l'acrobate! Je n'ai plus droit à l'erreur. Il y a une famille qui m'attend au tournant, à l'étage. Au bout de ¾ l'eau est rétablie. Merci Seigneur.
Cette péripétie m'a fait prendre conscience du caractère très particulier de la présence à l'IPT. Elle ne nous exonère pas de nos responsabilités, de nos engagements passés. Et la réorientation de nos vies n'est pas sans problèmes concrets, parfois lourds.
L'appel à devenir pasteur, je le porte à bout de bras depuis quatre ans. Le moins qu'on puisse dire, c'est que l'ERF m'a toujours encouragé à prendre le temps... l'urgence étant d'attendre... Mais j'ai tenu bon, avançant à marche régulière... regrettant qu'il n'y ai pas de parcours professionalisant pour les adultes dans la fleur de l'âge... En avril, j'aurai 50 ans. Je dois être le plus vieux candidat au pastorat. Je ne me sens ni vieux de coeur, ni de culture; le cotoiement des jeunes ne me gêne pas. Mais le temps passe, je ronge mon frein ! A quand la pratique, à quand la vraie vie ?
Or, à l'autre bout de ma chaine, il y a ce frère qui vit le tiraillement de la séparation sur le quai d'une gare métropolitaine, d'avec sa fille de 5 ans dont il ne fêtera pas l'anniversaire cette année. A l'autre bout de la chaîne, c'est cette soeur qui peine à se dégager des affres de la maladie de son conjoint, ombre portée sur leur vie d'une épée de Damoclès. A l'autre bout de la chaine, c'est cette soeur qui rentrée chez elle, se rend compte que la vie a déserté son couple, sans violence, ni disharmonie apparente. A l'autre bout de la chaîne, c'est ce pasteur altruiste qui pleure le décès de son père à l'intérieur, mais qui garde un sourire pour chacun...A l'autre bout de la chaîne... on ne connait de l'autre que la partie émergée du volcan de sa vie.
Du coup, la légitimité de ma petite impatience m'apparaît toute relative, et me ramène au seul constat qui vaille.
Seigneur! tout est Grâce, et rien ne justifie le repli sur soi.
Rien ne justifie que la Grâce, qui est grâce d'être, d'être en Lui, et d'être ensemble.
Dans tout cela, le temps donné au temps est un élément incontournable. L'urgence est impatiente mais c'est le temps qui scelle son incarnation.

CH

mardi 7 février 2012

Quand l'Esprit parle (rien n'est certain que le vertige)

Mes week-ends à la maison sont en passe de faire de moi un champion du monde de Lila... de petits chevaux. Lila, c'est mon dernier bout de chou : quatre ans, tête blonde... un heureux accident de la Grâce, qui n'a pas sa langue dans sa poche. Et les petits chevaux, c'est sa passion du moment ! Et quand on aime, on s’entraîne dur. L'équitation de salon, ça demande son pendant de coaching. Alors on s’entraîne, et on entraîne papa. Finies les parties d'échecs où l'on s'absorbe dans une méditation tout aussi hasardeuse que le jet d'un dé qui peine à faire des 6.
Lorsque, le dimanche soir, je repars sur Montpellier, j'éprouve une certaine culpabilité à tout le plaisir glané à faire mes études ; à rencontrer des gens qui éprouvent un plaisir voisin ; à confronter des points de vue ; à partager des temps de prière avec eux.
Oui, il y a une culpabilité à cet impartagé avec mon autre vie dans l'avant-pays savoyard. Je me dis que c'est pour de bonnes raisons que je le fais. Je me dis que l'évidence de l'appel est telle que tout cela fait sens : l'Esprit m'amène ici, le Christ doit bien me tenir un peu par la main sur ce chemin...
Mais parfois je me demande : « Et si je me trompais ? Si le souffle qui me porte n'était qu'un vent de pacotille au bord d'un précipice ? Si cet appel ressentit n'était pas VRAI, mais le fruit d'un for intérieur pathologique ou simplement en quête d'effervescence ?... Ai-je le droit ? ».
... Les signes ne sont jamais assez signes, lorsqu'on s'engage et qu'il en coûte. Je me sens défaillir à mes heures, pour le vide que je laisse à ceux à qui je manque au long de la semaine. J'ai beau m'en remettre à ces paradigmes en équilibre : nouage borroméen d'Ansaldi, pyramide de Gagnebin... Cocottes en papiers ! Rien n'y fait.
La théologie structure la pensée sur Dieu, et sur mon incapacité à Le penser. Décidément, il y a une part de folie dans nos engagements en Lui. Seigneur, garde-nous en Toi, garde-nous en Joie par-delà nos limites.  
CH

lundi 21 novembre 2011

Le dossier saumon

En ces temps de synodes régionaux, votre pense-cloporte était à Fontenay-le-Comte, en Vendée, pour celui de la région Ouest (clic). Quand je regarde autour de moi, quand j’entends tout ce que nous faisons, tout ce que nous vivons, je me dis que cette Eglise est vraiment bien vivante. Pas d’angélisme (d’ailleurs chez nous les anges ont le visage du voisin et pas de petites ailes dans le dos), nous sommes bien tous humains, nous faisons des erreurs, des bourdes, nous avons des misères et des angoisses, mais tout ça est très vivant et plein d’espérance. L’énergique présidente de la région, Valérie Mitrani, nous a encouragés cette année à compter/conter les bienfaits de Dieu. Oui, ils sont nombreux... D’ailleurs nous aussi, étudiants en théologie, on l’oublie parfois et elle l’a rappelé, nous sommes des bienfaits de Dieu pour cette Eglise... Lui seul sait comment, mais nous pouvons nous emparer de cette promesse et aller de l’avant.
Parmi les bienfaits de Dieu pour notre Eglise, il y a nos finances. Vous froncez le nez ? Vous pensez que ça n’est pas très spirituel tout ça ? Mais au cours d’un synode, c’est un des sujets de discussion les plus essentiels. C’est ce qui organise notre vivre ensemble, avec les ressources dont nous disposons, pour les projets que nous nous donnons. Tout ça, c’est dans le « dossier saumon » du cahier pré-synodal que tous les délégués reçoivent quelques semaines avant un synode.
Un petit rappel de la structure presbytéro-synodale de l’ERF pour ceux qui n’en connaîtraient pas les finesses : le principe de base, c’est que tous les membres du gouvernement de l’Eglise sont des anciens, c’est-à-dire des gens qui ont été discernés par leurs collègues et élus par les assemblées générales des associations cultuelles, une pour chaque Eglise locale, dans le ministère collégial qu’on appelle conseil presbytéral ; les pasteurs sont membres de droit de ces conseils. Les seules ressources de l’Eglise, ce sont les sommes données par les gens qui font partie des Eglises locales (dons nominatifs, quêtes...). Les finances de l’Eglise se construisent d’abord au niveau des conseils : dans chaque consistoire, chaque année, il est débattu du pourcentage d’augmentation de la « cible » (la somme versée par chaque Eglise locale à l’Eglise dans son ensemble, pour payer le salaire des pasteurs, le fonctionnement de l’IPT, les adhésions aux organismes auxquels l’ERF adhère comme la FPF, par exemple, et les frais de fonctionnement divers) que chaque Eglise locale pense pouvoir accepter pour l’année suivante. Ce chiffre est transmis à la région, qui calcule un budget en conséquence.
C’est le synode national, auquel sont délégués des membres de tous les synodes régionaux, qui vote ce qu’on appelle le nombre maximum de desservants (NMD), c’est-à-dire le nombre maximum de ministres qu’une région peut se donner. En région Ouest, le NMD est de 37. En principe donc, il devrait y avoir 37 ministres en exercice dans la région. Sauf que... Sauf qu’on n’a de quoi en payer que 33 cette année. Quand les Eglises locales décident qu’elles ne peuvent pas augmenter leur cible de façon significative, c’est le nombre de ministres en poste qui baisse. C’est aussi le nombre et la qualité les projets qui sont menés dans une région et dans chaque Eglise locale : actions de formations pour les laïcs et les pasteurs, projets culturels, évangélisation, soutien aux communautés sans ministre... Et les communautés sans ministres le vivent avec douleur : deux ans, trois ans, parfois plus, sans pasteur, ça a un effet sur la vie de l’Eglise. Autant dire que la qualité du vivre ensemble est significativement dépendante de toute discussion financière dans notre Eglise.
Alors même si ça n’est pas passionnant en soi quand on n’aime pas trop les chiffres, ça vaut le coup de se pencher sur ces questions. Nous sommes en formation dans un institut qui dépend pour son fonctionnement de cette structure financière, nous bénéficions directement de la façon dont elle fonctionne dans la réalité et pour certains d’entre nous, nous serons appelés à servir en tant que ministres dans cette Eglise. Ce n’est pas ésotérique, ça fait partie de façon très réelle de ce qui se joue du côté de l’incarnation... C’est aussi là qu’on voit si une Eglise est bien vivante ou si elle s’étiole. Il faut le savoir pour compter/conter les bienfaits de Dieu !
Enfin il n'y a pas que ça dans un synode : il y a aussi la discussion sur le sujet synodal, cette année les textes organiques sur la réunion de l'Eglise réformée de France et l'Eglise évangélique luthérienne de France (la future EPUF) ; il y a tous les votes (voeux, propositions, budgets...); il y a les temps de discussion informelle ; il y a les informations données sur les activités de la région ; il y a le stand de la librairie (c'est à peine chrétien, à mon avis, de laisser une telle tentation sous le nez de pauvres et faibles synodaux), il y a le café et les gâteaux offerts par l'Eglise accueillante... et il y a les amis, qu'on revoit avec plaisir d'année en année. Il y a le dialogue avec ceux qui nous accueillent généreusement chez eux le soir. Il y a aussi, bien sûr, les beaux moments d'aumônerie. Tout ça se vit avec fatigue, agacement parfois, mais aussi avec une grande joie. 
D'ailleurs la Vendée est particulièrement chère au coeur de certains de l'IPT, parce qu'elle a accueilli l'été dernier l'aventure ERF on Tour... et si j'ai bien compris, nous sommes attendus de pied ferme pour l'été prochain ! Si ça vous intéresse, n'hésitez pas à jeter un oeil sur le blog de cette belle aventure (clic). Et puis en Vendée, il y a décidément des gens tout à fait épatants : mes hôtes m'ont fait connaître le blog du curé de Fontenay (clic) qui, ma foi, m'a tenue en haleine une partie de la nuit. L'oecuménisme au bout d'un synode réformé, qui l'eut cru ?