lundi 5 décembre 2011

Aux gros mots les grands remèdes (2)

Autour de la question de l'importance des apparitions du Seigneur aux apôtres, et de l'expérience mystique de Paul, comme fondement de la « communauté » : dans un commentaire à l'article « Au gros mots les grands remèdes », Christophe défendait que la « communauté » ne s'originait pas seulement dans l'« Absence » du Christ mais tout autant dans le témoignage des apôtres, fondé sur leur Rencontre avec le Ressuscité, et particulièrement sur l'expérience mystique de Paul en 2 Co 12,1-5. Il poursuit ici sa réflexion sur le sujet. 

Qu'est-ce qui a motivé ton commentaire?
… Peut-être l'esprit de contradiction ? Je trouvais qu'à trop mettre l'accent sur l'absence de Jésus-Christ, on risquait de relativiser l'importance du témoignage apostolique, et par voie de conséquence la vocation à la proclamation kérygmatique de la communauté.

Tu mets donc l'accent sur les apparitions du ressuscité aux apôtres ?
Pour moi, l'historicité du témoignage des apôtres est quelque chose d'important. Je ne sais dire si la résurrection est ou non hors du temps et de l'histoire, mais je crois que le témoignage des apôtres, lui, est historique... Et j'y inclus le témoignage de leur rencontre avec le Ressuscité.
Cela ne veut pas dire qu'il faut prendre au pied de la lettre les récits de rencontre avec le Ressuscité consignés dans les Evangiles, mais ils traduisent à mon sens qu'il s'est passé un « quelque chose », qui n'est pas qu'une simple spéculation apostolique sur une hypothétique résurrection de Jésus-Christ.
De manière très particulière, la relation de son expérience mystique que fait Paul en 2 Co 12, me semble raisonnablement authentique, au même titre que l'épître. Mais il faudrait l'avis d'un exégète avisé. (Suivez mon regard...)
En tout cas, à mon sens, si l'on fait l'impasse sur l'historicité de la Rencontre des apôtres avec le Seigneur, après sa mort, il me semble qu'on enlève non seulement un élément fondateur de la « communauté », mais aussi un fondement des Ecritures.

Mettre l'accent sur la rencontre mystique de Paul, n'est-ce pas minimiser implicitement le message de la Croix, de cette « grâce qui « suffit » car Sa "puissance s'accomplit dans la faiblesse » ?
C'est une question d'équilibre dans la mise en perspective.
Si l'on me disait demain que la « communauté » est la simple résultante du témoignage apostolique, d'une proclamation kérygmatique triomphaliste,… le tout à grand renfort de prodiges, il est probable que je ne pourrais m'empêcher de mettre l'accent sur l'Absence fondatrice du « tombeau vide », sur cette « Grâce » qui procède d'une « puissance » qui « s'accomplit dans la faiblesse »(v.9).
En même temps, on est bien obligé de remarquer que Paul nous transmet cette compréhension de la Grâce parce que le Seigneur lui a révélé.

Est-ce que ce n'est pas dans le moment précis de sa conversion que s'organise pour Paul à la fois l'impératif kérygmatique et la compréhension de la croix comme révélation de la présence paradoxale du Christ (paradoxale parce que présence dans l'absence) ?
Je dirais que oui. Si ce n'est que je ne sais si cela se passe dans un « moment » au sens où on l'entend d'habitude : ce moment est « dans le Christ », dans l'entre-deux du « dans son corps »/« hors de son corps ». C'est un « moment » dans et hors du temps, il me semble.
De même je ne dirai pas que cela « s'organise ». Je ne suis pas un spécialiste, mais les lectures de 2 Co1-5 et de Ga1 11-12, donnent plutôt le sentiment que cela lui est révélé instantanément, dans ce moment paradoxal. 

Est-ce que ce n'est pas la grâce (du v.9) qui réorganise toute sa compréhension en donnant le sens de l'extase ?
Est-ce Dieu qui prend Paul par le colback, et l'exfiltre au « troisième ciel »?
Est-ce la Grâce de Dieu ? Y a-t-il une Grâce de Dieu agissante en soi, indépendamment de Dieu ?
Je ne sais pas. Je peux juste dire que la Révélation donnée à Paul est de Dieu, révélation du don de Dieu, de la Grâce donnée et agissante.
Pour autant, il me semble que le v.9 fait référence à un dialogue entre l'apôtre et le Seigneur qui n'est peut-être pas concomitant à l'extase des v.1 à 5. Mais là encore, l'éclairage d'un exégète serait instructif.

L'extase seule n'est rien ; ce ne serait pas déraisonnable d'en parler, mais elle n'est pas le lieu de la grâce, qui reste hors capture...
On est d'accord. Ramener la Grâce à l'extase, outre le fait que ce sont des choses si je puis dire, de « nature » incomparables, c'est courir à l’idolâtrie de la quête de l'expérience mystique.
Qui plus est, on tomberait dans une compréhension élitiste de la relation à Dieu, alors même que la Bonne Nouvelle, c'est un cadeau de Dieu pour tous, à vivre dans la simplicité.
L'expérience de Paul n'est pas en soi l'alpha et l'oméga de l'Evangile. A mon sens, elle n'a d'intérêt qu'au double regard de la Révélation de la Grâce qu'elle apporte à Paul, et de cette certitude dans laquelle elle trempe sa Foi.
Mais cela n'est pas rien!

C'est une conception paradoxale de la foi, non ?
Peut-être. D'une part, la Foi apparait comme relevant presque par définition, « de ce qu'on ne peut pas savoir », voire de ce dont on doute... et en même temps elle est plus que cela parce qu'elle est certitude intime; mais certitude qui, pour la plupart d'entre nous, peut varier au gré de ce que j'appelle volontiers les « baisses de tension » de la foi .
Pour Paul, cela semble non fluctuant, toujours au « taquet » : sa Foi se fonde sur CE qu'il SAIT irréductiblement. 


Comment reçois-tu ce message de la Croix ?
Comme un réconfort.
Je ne suis pas certain que j'en mesure bien la portée parce que Dieu a l'amabilité de ne pas nous coller trop souvent le nez dans notre... petitesse.
En tout cas, ça fait du bien de savoir que ma faiblesse fait sens pour Lui, qu'il peut s'en servir comme vecteur de Son plan, auquel je ne comprends pas toujours grand-chose.
Cette incapacité à tout comprendre ne me gène pas trop parce que nous avons Sa Parole pour cheminer... et la communauté, aussi...

Et la mystique ?
Cela doit bien exister, mais sauf exception, ce n'est pas a priori le chemin que trace pour nous le Christ.
Ou alors, on pourrait parler de la mystique ordinaire de la vie :
Le regard du Ressuscité, on le croise dans le regard des autres... quand on n'est pas trop mal disposé, et qu'on s'oublie un peu...tout le contraire de ce que je viens de faire, probablement !

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