lundi 20 février 2012

L'Urgence et le Temps

J'étais trop bien à l'IPT, ces dernières semaines. En décompression depuis les résultats d'examens. Avec l'envie de profiter du plaisir du cotoiement de chacun. Envie de temps de partage, de détente, de musique...
La réalité m'a secoué de ma dilétence cotonneuse ce mercredi : le gel des installations sanitaires d'un appartement que je loue modestement à une famille marocaine de 6 personnes, m'a obligé à rentrer d'urgence sur la Savoie, histoire de trouver un plombier qui veuille bien rétablir une situation normale.
Peine perdue! Deux jours plus tard, en l'absence de professionnel disponible, je me suis retrouvé jonché à 8 mètres de hauteur, en train de chauffer, sans succès, une canalisation d'eau potable avec une lampe à souder. Du coup, mon locataire m'a passé un savon que je ne suis pas prêt d'oublier : cela faisait cinq jours que lui et sa famille ne pouvait se laver. Cinq jours qu'il ne pouvait faire ses ablutions pour la prière. Et moi, je le priais de m'excuser... promettant une hypothétique intervention d'un ami plombier surbooké. Je lui donnais raison, mais j'étais sans solution.
Et le lendemain...arrivée du plombier qui, voyant l'ampleur de la tâche, me signifie gentillement « qu'il ne peut intervenir sans une nacelle… et encore ! ». En guise de solution, il me tend son chalumeau flambant neuf, au cas où je veuille me confronter au vertige qu'il ne supporte pas. Va pour l'acrobate! Je n'ai plus droit à l'erreur. Il y a une famille qui m'attend au tournant, à l'étage. Au bout de ¾ l'eau est rétablie. Merci Seigneur.
Cette péripétie m'a fait prendre conscience du caractère très particulier de la présence à l'IPT. Elle ne nous exonère pas de nos responsabilités, de nos engagements passés. Et la réorientation de nos vies n'est pas sans problèmes concrets, parfois lourds.
L'appel à devenir pasteur, je le porte à bout de bras depuis quatre ans. Le moins qu'on puisse dire, c'est que l'ERF m'a toujours encouragé à prendre le temps... l'urgence étant d'attendre... Mais j'ai tenu bon, avançant à marche régulière... regrettant qu'il n'y ai pas de parcours professionalisant pour les adultes dans la fleur de l'âge... En avril, j'aurai 50 ans. Je dois être le plus vieux candidat au pastorat. Je ne me sens ni vieux de coeur, ni de culture; le cotoiement des jeunes ne me gêne pas. Mais le temps passe, je ronge mon frein ! A quand la pratique, à quand la vraie vie ?
Or, à l'autre bout de ma chaine, il y a ce frère qui vit le tiraillement de la séparation sur le quai d'une gare métropolitaine, d'avec sa fille de 5 ans dont il ne fêtera pas l'anniversaire cette année. A l'autre bout de la chaîne, c'est cette soeur qui peine à se dégager des affres de la maladie de son conjoint, ombre portée sur leur vie d'une épée de Damoclès. A l'autre bout de la chaine, c'est cette soeur qui rentrée chez elle, se rend compte que la vie a déserté son couple, sans violence, ni disharmonie apparente. A l'autre bout de la chaîne, c'est ce pasteur altruiste qui pleure le décès de son père à l'intérieur, mais qui garde un sourire pour chacun...A l'autre bout de la chaîne... on ne connait de l'autre que la partie émergée du volcan de sa vie.
Du coup, la légitimité de ma petite impatience m'apparaît toute relative, et me ramène au seul constat qui vaille.
Seigneur! tout est Grâce, et rien ne justifie le repli sur soi.
Rien ne justifie que la Grâce, qui est grâce d'être, d'être en Lui, et d'être ensemble.
Dans tout cela, le temps donné au temps est un élément incontournable. L'urgence est impatiente mais c'est le temps qui scelle son incarnation.

CH

1 commentaire:

Remuccino a dit…

c'est vrai, beaucoup de moments comme ça et cette envie de vraiment laisser le temps au temps, et de faire tant d'autre chose pendant ce temps... tant pis... tant mieux!... peut-être est-il de bon ton de souhaiter du bon temps?
ça nous rappelle toujours cette espérance, ce temps à la fois proche et lointain...
"il est un temps pour tout"... ça m'invite à relire Qohelet 3... et Montpellier sous le soleil! Aïe, il me faut un temps pour travailler aussi...
En tout cas, bon courage...